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L’ex-femme de ma vie : Pour célibataire

Adaptation de sa propre pièce de théâtre, "L'Ex-femme de ma vie" (distribué par Warner Bros. France) est la sixième réalisation de Josiane Balasko pour le grand écran, après notamment le très bon "Gazon Maudit". D'où cette atmosphère et cette mise en scène qui renvoient directement au vaudeville : une galerie de personnages tous plus étonnants les uns que les autres, des caractères bien trempés voire caricaturaux, une cascade de péripéties, des rebondissements et surtout du rire. 

Côté personnages, le spectateur est lourdement servi : une femme célibataire sosie de Zézette dans Le Père Noël est une ordure, un écrivain de seconde zone délicieusement cruel, une attachée de presse odieusement mondaine et bourgeoise. Le meilleur rôle revenant sans doute à Josiane Balasko qui s'attribue le personnage d'une psychiatre, disons, bien virile. Et toutes ces figures passent à travers l'appartement de Tom, claquent les portes, foutent des claques, tombent, gueulent. Tout s'emmêle et il semble même que le film se dirige vers le burlesque voire le grotesque, au sens noble du terme. Un gigantesque foutoir. Pourtant, le film reste bien dirigé et ce bazar répond à des règles d'écriture strictes. Ainsi, la scène d'exposition, durant laquelle le spectateur apprend au compte-goutte les informations nécessaires à la bonne compréhension du film est bien menée et certains renseignements sont habilement intégrés à une foule de situations comiques. Ainsi, la raison de la séparation entre Nina et Tom n'est donnée qu'une fois l'action bien entamée et éclaire le film d'une manière rétrospective.

La faiblesse du scénario est donc éclipsée par une direction sérieuse du film et une inventivité qui fait souvent mouche. La seule question au final qu'il convient de se poser est : est-ce drôle ? Car, "L'Ex-femme de ma vie" se revendique du vaudeville et un vaudeville tragique, cela n'existe pas. Imaginez le tableau : une femme trompe son mari et cache son amant quand le premier découvre le deuxième. A ce moment-là, le mari, terrassé par la tristesse, se suicide. La femme déprime alors et finit seule chez elle, à regarder par la fenêtre se posant des questions telles que : « qui sommes-nous ? d'où venons-nous ? que faisons-nous ? » Non, un vaudeville est forcément drôle. Sur ce point, L'Ex-femme de ma vie réjouit et propose toute une série de situations convenues au capital rire inépuisable. Josiane Balasko se prend une bonne droite et s'affale dans le fauteuil. Karin Viard surprend Thierry Lhermitte en train de faire l'amour avec Nadia Farès. Mais, le spectateur s'enfonce de plus en plus dans un sable mouvant. Séduit par une énergie proche de la folie et curieux de savoir si le cap sera maintenu, le spectateur s'approche du sable mouvant, glisse un orteil dedans, l'air méfiant puis apprécie la sensation que cela procure, les petits chatouillis sur les jambes. Le danger est oublié mais ressurgit brusquement, à quelques dizaines de minutes de la fin.

Les nœuds dramatiques se défont en quelques minutes et bien sûr d'une manière heureuse. Le dernier rebondissement tombe comme un soufflé. Rien n'est plus surprenant, rien n'est plus drôle, l'audace a fuit. Et le pauvre spectateur a compris qu'il s'était fait emprisonner dans ce sable mouvant. Il ne rit plus et a beau prier pour éviter la fin prévisible, elle aura bel et bien lieu. Malheureusement. En grande spécialiste du rire, Josiane Balasko réalise une bonne pièce de boulevard sur grand écran, ne négligeant pas la caricature, le manque de finesse et le caractère prévisible de la plupart des situations. On rit, et l'on oublie donc tout cela. Puis, elle abandonne ce projet suivant les lignes usées de la comédie sentimentale et se concentre sur l'idée d'un film juste bon à réconforter, un dimanche soir, un pauvre célibataire, l'assiette de raviolis posée sur les genoux.

Auteur :Matthieu Deprieck
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