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L’homme de chevet : Peu crédible

"L'Homme de Chevet" démontre certes qu'Eric Holder est un auteur qui inspire le monde du cinéma, après Je ne suis pas là pour être aimé ou dernièrement "Mademoiselle Chambon", mais son art littéraire, qui est somme toute celui de la rencontre ou de l'amour impossible, n'a jamais été adapté autrement qu'à coups de réaménagements ou de sélection de quelques pages seulement. Cette fois-ci, Alain Monne choisit d'expatrier le tout en Colombie, pour la beauté des images peut-être, mais surtout pour donner à son film la seule force artistique qu'il revêt, à côté du souffle puissant de l'interprétation de Sophie Marceau.

Qu'il s'agisse du premier film ou non d'Alain Monne, on ne peut exempter l'œuvre de ses faiblesses, celles en tout cas qui condamnent une histoire atypique en film banal. L'échec de "L'Homme de Chevet" à l'écran est celui de l'incapacité d'accoucher d'une belle et grande histoire à partir des nombreuses promesses laissées ci et là. Sophie Marceau peut subjuguer par moment mais au fond elle se meurt d'étouffement elle aussi.

A côté d'elle, près de son lit éternel, cette femme pleine de renoncements frustres doit donner la réplique à Christophe Lambert. Son homme à la ville représentait une promesse aussi, car un peu comme dans "Mademoiselle Chambon", l'occasion d'interpréter le non-dit avec force d'une présence physique promettait de sublimer la passion amoureuse. Mais la présence en tout et partout de Lindon tranche avec l'abjection dans laquelle Lambert s'enfonce.

Cette voix de fumeur personnifiée dans des traits d'homme fatigué allait tout de même coller un temps avec le personnage voulu par Alain Monne : on le fera boire de l'alcool maladivement, errer dans les ruelles, se prendre un marron, reprendre la boxe, etc. Mais qu'en est-il de l'homme qui doit suggérer son amour quand celui-ci n'en reste qu'au stade de la diction (difficile)? Résultat, on n'y croit guère, on demande à voir, on attend, on se suspend à la force de présence de Sophie Marceau et de la star colombienne Margarita Rosa de Francisco.

L'histoire d'un amour impossible sans imaginaire troublant dès lors qu'il manque un homme dans une histoire qui se meurt dans les bras de deux femmes, à petit feu. Mais on n'enlèvera pas la grandeur de Sophie Marceau, qui hisse un film mauvais en une belle histoire de cinéma, aux tons chatoyant d'une Colombie qu'Alain Monne a voulu aussi belle qu'il la connaît…belle. Un vrai cadre de cinéma, un rôle-titre fort, un talent exotique immense (De Francisco) et comme lien entre tout cela un rôle d'homme impossible à identifier par le public masculin.

Auteur :Frédéric Coulon

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