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L’homme du train : Leconte est bon

"L'homme du train" repose, de la conception à la réalisation, sur une anti-thèse permanente : Hallyday / Rochefort, Milan / Manesquier. Milan a un train de vie peu recommandable et est "plutôt du genre à ne pas poser de questions". A l'inverse Manesquier, retraité confortablement installé dans une immense demeure, est du genre à en poser trop. C'est que son petit train quotidien de pantouflard solitaire ne lui convient guère. "A propos d'ennui, permettez-moi de vous présenter mon premier amour" lui lance-t-il d'un air lucide et ironique. Il vomit sa vie passée à dire ce qu'il "ne pensait pas" alors que son compagnon d'un soir est un jusqu'au-boutiste, honnête avec sa nature de malfrat.

La rencontre de ces hommes que tout sépare leur ouvre brusquement les yeux sur ce gâchis permanent qui mène à une vieillesse subie. Les vapeurs d'alcool achèvent de dissiper la fumée qui recouvre tant d'années de rendez-vous manqués. L'espoir renaît chez ces deux êtres attendrissants et, comme par magie, débute un lent processus de transfert de personnalité, chacun servant de motrice à l'autre par mimétisme.

On ose croire un moment que cela est possible, que l'on peut devenir l'homme qu'on n'a jamais été. Sans crier gare, on s'identifie aux personnages, tant ils sont criants de vérité. "L'homme du train" nous offre une réflexion sur le sens même de la vie, sur les petits riens qui nous ont forgés et tout ce que nous avons refusé. Les rencontres nous aident à construire notre identité, à évoluer grâce au regard d'autrui. Mais est-il encore temps, après quarante ans de solitude, de se remettre sur les rails vers des cieux plus cléments?

Leconte, loin de briser ce rêve répond à cette question à sa manière et gardons-nous de crier au jugement pessimisme et alarmant. A travers ces deux destins qui se croisent, le spectateur ne peut qu'en revenir à lui même, à ce qu'il a fait de sa vie et ce qu'il aimerait en faire. Prenez un ticket au guichet et en voiture ! "L'homme du train" , sorte de "rail" movie statique, vous entraînera loin pour un grand moment de cinéma au rythme d'une ingénieuse et superbe bande-originale de Pascal Estève. Sa musique, qui évolue avec les personnages et l'intrigue, est une entraînante invitation au voyage.

Nul doute que l'humour de Jean Rochefort en est la locomotive et son immense talent ne fait que révéler la prestation solide comme un "rock" de Johnny Hallyday. Les dialogues percutants vous feront rire et vibrer. N'oublions pas le chef mécanicien, Patrice Leconte, qui loin de se priver de nous mettre sur des charbons ardents , jette de l'huile sur le feu pour faire tourner cette machine grinçante de vérité. N'était-ce la peur de l'inconnu, ce savoureux mélange emprunt de minimalisme nous donnerait presque envie de prendre la première micheline pour partir à la recherche du temps perdu.

Auteur :Olivier Bruaux
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