12 décembre 2019
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L’Immortel : A éviter même en DVD !

Immense déception pour ce quatrième film de Richard Berry qui nous offre un long-métrage bourré de clichés à la réalisation piteuse. Adapté du roman de Franz-Olivier Giesbert, « L'Immortel » est un film au scénario bien maigre.

Un homme veut se venger et abat tour à tour tous ceux qui ont cherché à lui nuire. Jean Reno fait du Jean Reno et incarne plutôt bien ce Charly Matteï qui veut oublier son passé de truand et se consacrer à sa femme et ses enfants. Sa voix puissante, son physique de boxeur jouent en sa faveur dans ce rôle d'homme en colère qu'une nuée de balles ne peut tuer. En face, son adversaire joué par Kad Merad (Tony Zacchia) est bien pâle. Loin de ses rôles habituels l'acteur déçoit et ne réussit jamais à interpréter le « grand méchant » qu'il est sensé représenter. Toutes ses scènes sonnent faux, il est bien loin d'être crédible lorsqu'il tente de jouer les gros durs impitoyables. Son bégaiement est bancal, son physique d'agent de la Poste le dessert et jamais le spectateur n'y croit. Marina Foïs s'en tire à peine mieux dans son rôle de flic alcoolique rongée par le décès de son mari en fonction. Il faut dire qu'elle n'est en rien aidée par le personnage que lui offre Berry.

On est à mille lieues de l'univers policier d'Olivier Marchal. Et que dire de la réalisation de Berry. Un montage qui agace mais surtout une manière de filmer qui donne le tournis au spectateur. Les cameramen souffrent tous de la maladie de Parkinson et sont incapables de tenir un plan fixe. Les scènes de courses-poursuite ou de combats deviennent une torture. On peine à distinguer les éléments et on ne souhaite plus qu'une chose : que ça s'arrête !

Filmer caméra à l'épaule peut être efficace et judicieux lorsqu'on le fait avec discernement (voir « Un Prophète » par exemple). Ici Berry ne fait pas dans la dentelle et abuse de cette technique. Même la musique est une déception. On ne cesse de subir Tosca, l'opéra de Puccini de manière répétitive et lancinante. On ne peut pas occulter la somme de clichés qu'arrive à accumuler le réalisateur. Il filme Marseille à la manière de « Plus Belle la vie » et tombe irrémédiablement dans les poncifs. On nous offre la parfaite carte postale de la cité phocéenne : les cigales chantent à merveille, le Vieux port est merveilleux, le ciel est bleu et les poubelles s'entassent dans les ruelles. Pourquoi les flics se garent-ils comme par hasard au milieu du port à côté de jolis filets de pêche ?

D'autre part, on s'interroge sur l'utilité de certaines scènes. Si Joey Starr, qui s'en tire plutôt bien dans son rôle du « Pistachier », a peut-être un brin d'utilité, on tique sur les apparitions de Richard Berry à l'écran. Deux scènes ridicules, complètement inutiles et stériles comme s'il voulait absolument se montrer quitte à produire une incohérence totale. Jaloux de Merad et Reno il voulait lui aussi tuer comme un grand caïd et incarner l'homme sans pitié. Enfin, il y a une interrogation sur cette reconversion de Charly Matteï. On occulte son passé pour en faire un bon père de famille qui ne cherche qu'à se protéger. Mais quid de son ancienne carrière et de ses meurtres à tour de bras ? Quelle manque de crédibilité quand la police consent collaborer avec lui et ferme les yeux sur ses actes criminels !

Cette fascination pour la pègre ne sera pas du goût de tous. Berry simplifie toutes les relations humaines pour nous offrir une violence qu'il hésite à filmer et montrer en agitant sans cesse sa caméra. Un film à éviter à tout prix même lors de sa future sortie en DVD !
Auteur :Julien Deplechin
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