18 novembre 2019
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L’Inspecteur Harry : La référence !

L'inspecteur Harry Callahan est né de l'imagination des scénaristes Harry Julian Fink et Rita M.Fink avec la complicité de Dean Reisner. C'est un personnage bien ancré dans la réalité américaine contemporaine. Il correspond à une évolution qu'a connue le 7ème Art aux Etats-Unis dans les années 1970 notamment dans le genre policier.

Que ce soit "French Connection" de William Friedkin, "Bullit" de Peter Yates ou "Le détective" de Gordon Douglas, tous décrivent les flics sous un jour nouveau. Finis les costumes aux coupes impeccables, exit les bonnes manières révélatrice du "To serve and to protect", slogan que l'on peut voir sur les voitures officielles des forces de l'ordre.

Place maintenant à des policiers différents qui n'hésitent plus à employer un seuil de violence jugé inacceptable dans le passé, pour accomplir leur devoir. Place à une description plus fidèle de la réalité quotidienne ce qui n'empêche pas de ponctuer certains de ces films de mémorables poursuites en voitures orchestrées par le cascadeur spécialiste de la discipline à l'époque : Bill Hickman.

Dans "L'Inspecteur Harry", un mystérieux assassin, nommé Scorpio, tire sur une femme qui prend son bain puis il envoie une lettre à la police réclamant 200 000 dollars sinon il y aura un meurtre par jour. Harry Callahan, un flic dur-à-cuire, surnommé le Charognard, est chargé du transport et de la remise de la rançon. Commence alors un affrontement impitoyable qui aboutira à l'exécution de Scorpio et à la démission de Callahan.

Sorti en 1971 sur les écrans américains, le film est un immense succès dans une Amérique traumatisée par la guerre du Vietnam et qui, politiquement, est sujette aux soubresauts de l'agitation étudiante dans les campus. C'est pourquoi va s'instaurer une confusion navrante entre le personnage d'Harry Callahan et l'acteur Eastwood. Ce dernier va cristalliser sur son nom toute une revendication antifasciste.

A ce sujet, on ne peut que rester pantois face à la scène musclée de l'interrogatoire de Scorpio dans un stade de football, scène qui n'est pas sans remémorer ce qui se passait à la même époque dans les pays d'Amérique du Sud où sévissaient les pires dictatures avec la bénédiction du gouvernement américain...

Néanmoins, il faut être singulièrement prudent en ce qui concerne les options politiques du citoyen Eastwood. En effet, ce dernier, s'il n'a jamais caché ses sympathies pour le parti Républicain, se chargera de corriger cette image quelque peu négative dès la seconde aventure de Callahan, "Magnum Force", mise en scène par Ted Post, en 1973.

Toutefois, si "Dirty Harry" apparaît aussi cynique et désabusé, c'est parce qu'il est signé Don Siegel dont le caractère misanthrope n'était pas une légende. Né le 26 octobre 1912 à Chicago, Don Siegel était entré à la Warner en 1934 comme bibliothécaire puis comme responsable du département "Inserts" avec le futur réalisateur Byron Haskins. Siegel s'y chargeait du montage de courtes séquences à insérer dans des productions de la célèbre firme. Le sens du récit et de la concision vont de fait devenir les marques de fabrique de Siegel.

Ce dernier devient ensuite réalisateur de 2ème équipe sur une quarantaine de films ce qui constitue un bon apprentissage du tournage des scènes d'action. Par la suite, il réalise plusieurs films qui l'imposent comme un maître de la série B. Il est également convoqué pour diriger des épisodes pilotes de séries télévisées dont "La Quatrième Dimension" créée par Rod Serling. Sachez enfin qu'il aura collaboré à cinq reprises avec Clint Eastwood.

Avec "L'inspecteur Harry", Don Siegel installe Clint Eastwood dans sa mythologie en combinant les influences du western qu'incarnait l'acteur à travers ses films, et en ajoutant un sens moral très particulier au personnage de Callahan, le transformant en justicier dans le monde urbain. Ainsi, placé à la confluence de ces deux inspirations, Eastwood entrait définitivement dans le panthéon des stars mondiales.

Auteur :Christophe Dordain

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