20 novembre 2019
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La 25ème heure : Un film incontournable !

Born in the U.S.A.

Deux imposantes colonnes de lumière bleue se perdent dans l'obscurité du ciel new-yorkais. Deux cicatrices béantes qui s'offrent sans pudeur aux habitants des lieux. Sentiment d'une présence impalpable qui dépasse l'humain. Dès le générique de ce film hors du commun, s'impose l'idée d¹une force écrasante contre laquelle on ne peut pas lutter. Le jour vient de se lever. Le spectre des deux tours s'est évanoui. Un homme erre dans les rues immenses et désertées d'une ville endormie. Il s'est réveillé avant les autres. Il lui reste une dernière journée à vivre avant d'être expédié en enfer. Il en a pris pour sept ans. Il était trafiquant de drogues. Monty (Edward Norton, époustouflant) s'est fait coincé et le film le rappelle constamment.

Le poids de l'inévitable est atrocement lourd à porter. Il faut pouvoir survivre à l'idée de l¹horreur qui se profile droit devant. La vie de ce trentenaire se retrouve défigurée, comme une promesse qu'on exhibe puis qu'on enterre un jour. Les regrets s'insinuent sournoisement dans la tête, des instantanés furtifs de bonheur s'accrochent, le passé s'agrippe. D'images en images, Spike Lee nous mène à ce sentiment diffus de fatalité qui inonde tout le film. "Est-ce que cela aurait pu se passer autrement?", "Est-ce que Monty le jeune dealer d'herbe n'était pas condamné par avance?"

Le récit du parcours de cet homme au destin apparemment définitivement hypothéqué s'inscrit dans une peinture plus globale de l'identité new-yorkaise (et plus largement américaine) dont "La 25ème Heure" est imprégné de bout en bout. Il y a du Bruce Springsteen dans l'air...  Et un thème musical au lyrisme éblouissant finit de parachever la tragédie qui s'annonce.

L'intensité des sentiments qui émanent des personnages proches de Monty rend d'autant plus douloureuse l'issue de leurs derniers instants communs. Une impuissance généralisée accable le père, la fiancée, les amis. Un petit geste, un dernier service, une douleur sourde et obsédante qui rendent compte de l'effondrement programmé.

La justesse dans le jeu de tous ces acteurs (à retenir en particulier l'interprétation stupéfiante de Barry Pepper en meilleur ami d'enfance) est belle à pleurer. À partir d'un scénario génialissime signé David Benioff (qui est également l'auteur du roman, 24 Heures avant la Nuit, dont le film est tiré), Spike Lee nous offre un authentique chef-d'oeuvre. En dénonçant l'attitude d'un système qui réduit à néant ceux qui s'écartent du chemin en ne laissant d'autres alternatives à l'ignominie d'une prison que la fuite ou la mort, il confirme son statut de cinéaste engagé d'une façon décapante et magistrale.
Auteure :Caroline Cranskens
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