20 novembre 2019
Critiques

La Belle Epoque : une superbe machine à remonter le temps

La critique du film La Belle époque

Par Justine Briquet

Nicolas Bedos a inventé un nouveau genre cinématographique : la comédie d’auteur populaire. Après l’excellent "Monsieur et Madame Adelaman", il a présenté cette année à Cannes hors-compétition son petit dernier : "La Belle Epoque". Un film au scénario foisonnant d’inventivité, ouvertement nostalgique, dans lequel il pose un regard tendre et inquiet sur le couple et notre société. Une réalité déprimante que Nicolas Bedos se propose de réenchanter grâce aux pouvoirs infinis de la fiction. La sortie de "La Belle Epoque" est prévue ce mercredi 6 novembre. Critique.

Victor, incarné à l’écran par Daniel Auteuil, est un sexagénaire désabusé, égaré dans une époque ultra-moderne dans laquelle il ne se reconnaît pas. Ancien dessinateur à succès, il regrette la disparition des caricatures dans les journaux et perçoit d’un œil inquiet l’avènement du virtuel à tout va. « J’ai l’impression de vieillir plus vite quand je m’endors à côté de toi », lui lance sèchement l’exquise mais non moins cruelle Fanny Ardant qui joue son épouse, Marianne. Mis à la porte de l’appartement conjugal, Victor rêve encore et toujours de son passé. Ça tombe bien. Antoine (Guillaume Canet), un ami de son fils (Mickael Cohen), propose à des clients fortunés de vivre la période historique de leur choix en reconstituant, à grand renfort de comédiens et de décors luxueux, l’ambiance d’une époque. Antoine propose à Victor de revivre celle de son choix. Il choisit un jour pluvieux de 1974, celui de sa rencontre avec Marianne. Et qui de mieux pour incarner Fanny Ardant jeune que la muse éternelle de Bedos ? J’ai nommé Doria Tillier.

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Doria Tillier. Copyright 2019 Constantin Film Verleih GmbH


Une ode à la nostalgie

Nicolas Bedos nous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, le temps où il y avait encore des œufs durs aux comptoirs des bistrots. En façonnant cette histoire riche, extrêmement écrite, le réalisateur lie subtilement romantisme et nostalgie à la façon d’un Woody Allen dans ses meilleures années. Pour autant, "La Belle Epoque" ne sombre jamais dans le passéisme. Ici, la nostalgie aide à mieux affronter le présent. Alors qu’on entend Alain Souchon fredonner : « J’ai dix ans », certains basculent en enfance. Nicolas Bedos semble être nostalgique d’une époque qu’il n’a pas connu et qu’il fantasme ici à l’écran pour notre plus grand plaisir de spectateur. Grâce à un montage elliptique, frénétique et rythmé, les temps morts sont tout bonnement absents de la pellicule. Entre rires et larmes, l’équilibre est magistralement tenu par le cinéaste qui se révèle par la même occasion un excellent dialoguiste. Des mots taillés sur mesure pour des acteurs au sommet de leur art. On retrouve une Fanny Ardant dans un rôle enfin à sa hauteur : elle est à la fois drôle, cruelle, spirituelle, terriblement séduisante. La pléiade de comédiens joue excellemment et chacun trouve sa juste place dans ce scénario dense et complexe.

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Fanny Ardant. Copyright 2019 Constantin Film Verleih GmbH.


Réalité ou fiction : la confusion des sentiments


Comme dans son précédent film, le réalisateur évoque avec "La Belle Epoque"  sa crainte quant à la pérennité du couple à travers le temps. Plus encore, il se confie sur son rapport passionnel à la fiction, qu’il aurait tendance à préférer au réel. Sans doute est-ce pour cette raison que Victor, un peu illusionné par la mise en scène au cordeau d’Antoine, tombe-t-il amoureux de l’interprète de sa femme, l’excellente Doria Tillier. Une ronde des sentiments, si bien orchestrée, que les faux semblants deviennent difficilement perceptibles. A travers cette anecdote, Bedos veut nous parler du cinéma et de ses plateaux de tournage où les acteurs épousent bien souvent les sentiments de leurs personnages, mais aussi du rapport souvent malsain entre un réalisateur et son actrice, du désir de toute-puissance d’un scénariste aussi… Autant de thèmes qui touchent aux névroses de l’artiste qui, en une réplique, voit ses angoisses résumées : « On réussit quelques brouillons mais on rate sa vraie vie ».

La vie est-elle un jeu ? Peut-être, peut-être pas. Nicolas Bedos, en tout cas, s’amuse allègrement avec les codes de la fiction en nous concoctant avec "La Belle Epoque"  un film fleuve bourré de nostalgie et diablement émouvant. Sa machine à remonter le temps est extrêmement bien rodée. Force est de constater que le pari est gagné. Et vous, quelle époque de votre vie aimeriez-vous revivre ?

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