28 octobre 2020
Critiques

La Bonne Epouse : Quand les femmes rendent leur tablier

Par Flavie Kazmierczak

Après une première sortie écourtée en mars dernier, "La Bonne Epouse" de Martin Provost fait son retour en salles. Cette comédie sur l’émancipation féminine dresse le portrait d’une société bercée par la culture patriarcale à la veille des événements de mai 68.

Aucune femme n’aimerait être réduite au seul rôle d’épouse. Pourtant, il fut un temps où les jeunes filles apprenaient à devenir de parfaites femmes au foyer, capables de faire une bonne mayonnaise et de repasser des chemises. Sur le ton de la comédie, Martin Provost fait revivre cette époque pas si lointaine où les femmes devaient encore obéissance à leur mari.


Le chemin vers la liberté

Le scénario de "La Bonne Epouse" (distribué par Memento Films Distribution) est né de la rencontre du réalisateur avec Albane, une femme qui a décidé après la guerre de ne pas faire d’études, contre l’avis de ses parents, parce qu’elle préférait aller à l’école ménagère pour rester avec ses copines.

Dans la première partie du film, on découvre le fonctionnement à la fois drôle et terrifiant de l’Institut Van der Beck, une école ménagère fermement dirigée par Paulette et son mari. Dans leur école, les cours proposés sont loin d’être attrayants: on apprend comment faire du ménage, du raccommodage ou encore l’art de verser le thé. Aidée de sa belle-soeur Gilberte et de la soeur Marie-Thérèse, Paulette enseigne avec rigueur les sept piliers qui feront de leurs jeunes pensionnaires de véritables maîtresses de maison.

Mais à la mort de son mari, Paulette découvre qu’elle est ruinée. "La Bonne Epouse" bascule sur une prise de conscience. Parce que oui, cette directrice s’est trompée sur toute la ligne, la bonne épouse n’existe pas. Elle le dit elle-même: « Je ne veux plus faire croire à mes filles qu’elles vont être heureuses en étant esclaves des hommes. Je rends mon tablier ! ”. Et pour lui faire ouvrir les yeux, elle peut compter sur quatre élèves de l’école, Albane, Yvette, Colette et Annie. Quatre jeunes femmes au tempérament différent, mais résolument déterminées à se battre pour un meilleur avenir que celui qui leur est réservé.

Un trio euphorisant

Porté par une belle énergie, le casting est délicieusement drôle. Neuf ans après avoir été primé pour “Séraphine”, le réalisateur retrouve Yolande Moreau. En belle-sœur excentrique, elle forme un trio hilarant avec Noémie Lvovsky en religieuse et Juliette Binoche dans le rôle de la directrice.

Ces trois femmes qui prônent la bienséance incarnent paradoxalement un certain affranchissement des règles qu’elles imposent. Loin d’être des épouses modèles, Gilberte et Marie-Thérèse ne connaissent rien de la vie maritale. Pourtant mariée, Paulette faisait tout pour éviter le devoir conjugal. Drôle et attachante, elle va redevenir une femme libre et redécouvrir l’amour dans les bras d’un Edouard Baer toujours aussi juste.

Si l’on regrette de ne pas assez découvrir la vie personnelle des pensionnaires qui traversent toutes des épreuves plus ou moins difficiles, cette comédie jubilatoire à l’humour parfois caricatural nous plonge dans un décor coloré et très stylisé. Seul bémol à mon goût, la dernière séquence musicale, qui, bien qu’inattendue et inventive, dénote du reste du film et ne fonctionne pas.

Film féministe aux répliques ciselées, “La Bonne Epouse” s’attache à renverser tous les piliers de la parfaite ménagère et rend hommage à la lutte féminine. A l’heure où les voix des femmes s’élèvent, ce film nous rappelle que le débat sur la charge mentale et les inégalités hommes-femmes ne fait que commencer.


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