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La Chambre des Morts : Une chambre infernale, tapissée de bonnes intentions.

Partons dans l'ordre, en vous prévenant tout de suite que "La Chambre des Morts" n'est pas un mauvais film, malgré des chiffres box-office un peu catastrophiques. C'est un bon film, du moins dans ses deux premiers tiers. Les adaptations de romans sont toujours complexes, le vieil adage qui dit qu'une image vaut 1000 mots n'étant pas forcément vérifiable sur grand écran. Le souci c'est qu'un mot peut valoir 1000 euros… Comprenons donc qu'avoir les moyens de ses adaptations n'est pas forcément évident, même si l'équipe de "La Chambre des Morts" a mis le paquet.

Côté histoire le thriller best-seller de Franck Thilliez est une bonne base. Un peu maladroit parfois il distille pourtant une ambiance assez sombre, voire glauque, assez salutaire. Mais il est un peu complexe, avouons le. Il y a d'abord deux histoires parallèles : celle des deux chômeurs et celle des flics, les deux finissant bien sûr par se rejoindre autour du serial killer. A cela Alfred Lot a encore ajouté des flashs-back, et là franchement, il devient difficile de tout comprendre tout de suite. Pourtant les acteurs font ce qu'ils peuvent. Mélanie Laurent est perdue en diable, Eric Caravaca mièvre à souhait, et les deux chômeurs, Jonathan Zaccai et Gilles Lellouche emportent notre adhésion.

Alors quoi ? Alors il faudra se demander pourquoi les jeunes réalisateurs français, si tant est qu'Alfred Lot, bien ancré dans le monde cinéma, mérite ce qualificatif, peinent à finir leurs films. Dans la première partie de "La Chambre des Morts", le réalisateur oscille entre thriller pur et thriller psychologique. Entre deux pauses « rions un peu » (pas forcément nécessaires), il nous gratifie d'une ambiance travaillée, qui marche plutôt bien. Assez accrochés par une interprétation juste et sans trop de clichés, on apprécie.

Et puis vient le dernier tiers du film, et là c'est la catastrophe ! Histoire de faire « Silence des Agneaux », on se retrouve avec un film gore, alors que rien ne le laissait présager avant. Le réalisateur nous offre une plongée dans l'antre de la folie, et on ne comprend pas tout. Entre cadavres et écorchés les images se succèdent, les actions aussi : le dénouement se passe beaucoup trop vite. Là encore même si les acteurs font ce qu'ils peuvent tout cela est tellement brouillon qu'on finit par décrocher. A vouloir trop bien faire, trop nous montrer les failles et les folies de ses personnages, on craque, on en a trop vu, il ne reste plus grand-chose pour le spectateur sinon voir, et digérer.

Cerise sur le gâteau trop crémeux, là où Franck Thilliez avait choisi de garder la part de mystère de son héroïne, la fameuse Lucie Hennebelle, Alfred Lot dévoile son secret, ses motivations… Dommage. Sans cette dernière partie claudicante, on aurait pu vous dire que "La Chambre des Morts" s'en sort très honorablement, et nous aurions pu ne nous lâcher que sur le fait que les films tournés dans le Nord montrent une région entre misère sociale et folie dangereuse… Le tout dans des paysages tellement plombés et déprimants, des dunes désertiques aux terrils, qu'on se demande comment des gens peuvent encore y vivre... La voilà peut-être la solution : une suite de "La Chambre des Morts" dans le Sud ? Sous le soleil du midi peut être que le réalisateur s'appuierait moins sur ses décors, et que la réalisations lui prendrait trop de temps, l'empêchant d'en faire trop, de jouer de la référence, de la surenchère…

Reste de beaux jeux d'acteurs, de cette génération qu'on dit l'avenir du cinéma français… Et un auteur qui sera bientôt adapté par un autre nordiste : Julien Leclercq, réalisateur d'un autre film de genre encore à l'affiche : "Chrysalis".
Auteur :Fadette Drouard
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