11 décembre 2019
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La Chute d’Olivier Hirschbiegel : La critique

Prenant racine en 1943 pour se recentrer dans les mois d'avril et mai 1945, "La Chute" a cette dimension documentaire qu'est le souci du détail apporté par le réalisateur Oliver Hirschbiegel. Là ou un traitement de l'histoire aurait pu être soutenu par un monologue hors-écran du personnage de Traudl Junge, secretaire personnelle d'Hitler, il n'en est rien. Il aurait été en effet impossible de faire la transition sur certains détails (militaires, entre autres) si seuls l'appréciation et le témoignage de ce personnage –campé par Alexandra Maria Lara- avaient été pris en compte.

Ainsi, chaque personnage est ici d'une cruciale importance, et fort heureusement un point de vue extérieur est adopté également, rendant à l'histoire originelle ses lettres de noblesse, et évitant par ailleurs la réinterprêtation de certains évènements. Les érudits reconnaîtront d'ailleurs sans mal chacun des protagonistes de l'entourage du Führer.

Rien n'est laissé au hasard lorsqu'il s'agit des attitudes et comportements des différent protagonistes, hissant le film au-delà de ces prédécesseurs. « Hitler : la naissance du mal (2002) » tentait de reprendre en vain la genèse du dictateur, oubliant au travers de dialogues insipides la psychologie du personnage et balayant sa jeunesse en quelques minutes, mais rendait malgré tout hommage à l'Allemagne confrontée au dilemme.

"La Chute" ne se présente pas sous cet angle, même si le peuple allemand n'est pas du tout négligé (pour preuve une scène présentant un père tentant de raisonner son fils enrôlé par la jeunesse hitlérienne), et même la si la présence et le charisme indéniables de Bruno Ganz en Führer resteront dans les mémoires de cinéphiles, c'est au regard des scènes accomplies que la totalité du film reste exceptionnelle.

D'une scène traduisant la crédulité et l'insouciance générale (Eva Braun festoyant dans le bunker bombardé, ou encore Heinrich Himmler se demandant si la poignée de main sera plus appropriée que le salut hitlérien face à Eisenhower) on passe à l'intimité d'Hitler, au bras gauche déjà affaibli par la maladie de Parkinson.

Chef tranquille et extrêmement courtois avec les femmes, le personnage n'en est pas pour autant sympathique, loin s'en faut. Son humanité affichée dans le film ne tend qu'a souligner la folie qui le prend progressivement, irraisonnable et insultant d'entrée pour finir paranoïaque. Réfugié dans une totale mythomanie, il ne fait même plus peur à son état-major, étouffé par sa propre fierté.

Jamais, même dans les 8 heures que comptent « Hitler : un film sur l'Allemagne (1978)», les derniers jours du dictateur ne fût dépeint si précisément. Il en est de même pour les autres personnages dont on peut saluer le parfait casting (Oliver Hirschbiegel retrouve d'ailleurs Christian Berkel qu'il avait dirigé dans « L'expérience (2002) », ici en médecin allemand). Le personnage de la secrétaire d'Hitler n'est pas central et est paradoxalement mis un peu en retrait, et la galerie s'étoffe au fur et à mesure que l'histoire s'installe.

Quelque soit leur durée à l'écran, chaque acteur fait preuve de talent, que ce soit Ulrich Noethen campant Heinrich Himmler, le second d'Hitler qui se révèlera plus dangereux et réfléchi,  Juliane Köhler en fiancée fantasque et pourtant lucide ou encore Joseph Goebbels, l'imperturbable bras droit, magistralement personnifié par l'acteur Ulrich Matthes.

On notera cependant quelques faux-pas dans la réalisation d' Oliver Hirschbiegel, comme le fait de ne montrer les extérieurs du bunker que de façon un peu trop accessoire, bien que Berlin dévastée soit formidablement rendue.

Le plus gros reproche restera d'omettre les Alliés et leurs actions qui ne sont qu'évoqués par le biais des comptes rendus de l'état-major, mais jamais montrés. Seul les russes auront le droit à l'image dans la libération de Berlin. Le génocide juif ne sera aussi qu'évoqué au travers du testament du Führer. Parti pris ou non du réalisateur ? Je vous laisse seuls juges, mais force est de constater que même si ces éléments ne constituent pas le sujet du film, en faire l'impasse est regrettable.

Loin d'un discours politique tendancieux ou d'un simple désir de raviver l'émotion que suscite la simple évocation des horreurs du IIIème reich, "La Chute"» est avant tout un film un film explicatif, ou oserais-je dire, pédagogique en tant que supplément au cours d'Histoire que nous avons tous connu. Donc : indispensable.


PS :
- Le corps d'Hitler que l'on a longtemps cru perdu -ou jamais identifié-, fût retrouvé peu de temps après sa mort « officielle » (30 avril 1945) par le SMERSH (services secrets russes, proches du NKVD). Authentifié en même temps que celui de sa femme Eva Braun (vite retrouvée, la dentiste d'Hitler fournit leurs fichiers dentaires), cela ne fût jamais révélé avant les années 90, les russes s'accusant mutuellement d'avoir falsifié l'autopsie et ayant peur des conséquences politiques d'une telle découverte.

- Le fait est que le FBI et Interpol furent quasi-convaincus que Hitler avait pu s'évader et durant les 10 ans qui suivirent, ils conduisirent une périlleuse enquête qui finalement s'avoua vaine dès 1956… Le docteur Mengele, « célèbre » pour ses expériences sur les patients humains durant le IIIème Reich, que l'on aperçoit se suicider dans le film, n'a quant a lui jamais été présumé mort et une hypothèse avance qu'il aurait continuer à exercer pour une puissance étrangère (jamais identifiée) avant de finir ses jours en Amérique du Sud.

- Il est d'ailleurs à noter que Franklin J. Schaffner adopta ce postulat scénaristique pour la réalisation du film "Ces enfants qui venaient du Brésil" à la fin des années 1970

Auteur :Julien LeconteTous nos contenus sur "La Chute" Toutes les critiques de "Julien Leconte"

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