Archives Critiques

La Chute : Au crépuscule de l’horreur

L'histoire a beau être connue de tous, elle ne laisse encore aujourd'hui personne en paix. 60 ans après l'effondrement du IIIe Reich, Olivier Hirschbiegel crée la sensation avec son film, "La Chute", retraçant les dernières heures de l'Allemagne nazie vécue par Adolf Hitler et son carré de fidèles retranchés dans le bunker de la chancellerie.

Depuis Hans-Jürgen Syberberg en 1978 (Hitler, un film d'Allemagne), aucun réalisateur n'avait osé faire apparaître Hitler sur grand écran. Et encore moins dans un film à gros budget (14 millions d'euros). Les réactions étaient prévisibles.

Certains, tel Wim Wenders, ont crié au scandale regrettant "l'absence de position, d'opinion à propos du fascisme et d'Hitler" aboutissant à une sorte "d'édulcoration de la réalité..." D'autres ont parlé de "normalisation" de leur relation avec Hitler, évoquant tout de même une forme de surprise à la vue du film. Seule certitude : les Allemands ne sont pas tous prêts à regarder leur passé en face...

Et pourtant, il n'y a rien à redire sur le plan des faits. "La Chute" respecte l'Histoire, à quelques exceptions près dues, sans nul doute, aux nécessités du tournage. "La Chute" a beau être une fiction, elle ne peut pas en changer la trame...

Non, la controverse réside plus dans l'évocation ambiguë du démon nazi qu'était Hitler. Un démon à deux visages campé magistralement par l'acteur suisse Bruno Ganz, effrayé par le simple fait de devoir "aller chercher le mal qui était en [lui]". La première face de son être nous fait découvrir un Hitler " humain ", mielleux lors de l'embauche de sa secrétaire - scène sur lequel le film s'ouvre d'ailleurs - mais aussi malade, tremblant et presque pleurant.

Mais, au détour d'une scène, Hitler se transforme radicalement en un Führer sombre, excité, buté, terrifiant, véritablement au sommet de son abjection... Entre les deux, on a juste le temps de saisir au vol quelques paroles rendant bien compte de son idéologie et du côté le plus sombre du nazisme, à savoir l'extermination des juifs.

Car toute l'intrigue - peut-on seulement parler d'intrigue ? - réside plus dans l'interrogation constante à laquelle sont soumis les généraux d'Hitler que dans la seule Shoah. Doivent-ils quitter Berlin tant que c'est encore possible ? Doivent-ils rester stoïques devant la défaite et attendre, en compagnie de leur chef suprême, la mort qui viendra inévitablement les faucher au gré de l'avancée russe dans Berlin.

Dans ce cadre également, les sentiments varient. D'un côté, Albert Speer (Heino Ferch) - l'architecte fétiche d'Hitler, tout de même condamné à 20 ans de prison lors du procès de Nuremberg - apparaît presque sympathique lorsqu'il avoue au Führer sa "trahison"...

De l'autre, les époux Goebbels (interprétés par Corinna Harfouch et Ulrich Matthes) semblent des êtres épouvantables de perfidie et détestables au possible. La longue scène durant laquelle Magda Goebbels procède méthodiquement à l'empoisonnement radical de ses six enfants s'affiche ainsi comme le sommet de cette horreur.

Un an après avoir dit au revoir de façon presque amusante à Lénine et au régime totalitaire communiste ("Good Bye Lenin !" de Wolfgang Becker), l'Allemagne tente cette fois-ci de faire de même avec la page la plus sombre de son histoire. Et cela ne semble pas aussi simple...

Auteur :Vincent VantighemTous nos contenus sur "La Chute" Toutes les critiques de "Vincent Vantighem"

ça peut vous interesser

The Hours : Portraits de femmes

Rédaction

La Citadelle Assiégée : La critique du film

Rédaction

Les Randonneurs à Saint-Tropez : Fuyez leur randonnée !

Rédaction