17 septembre 2019
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La Chute de Londres : Un faux blockbuster

Gérard Butler vs les ennemis du monde libre, deuxième round !

Après avoir sauvé la maison blanche du péril jaune nord-coréen, Gégé les grosses baloches récidive en jouant à cache-cache au cœur d'un Londres de studios et de composing approximatifs avec une famille revancharde de marchands d'armes bien décidée à décimer tout ce que l'Occident compte de leaders emblématiques. Et en premier lieu le président des Etats-Unis, seul à avoir réchappé au massacre des dirigeants de la planète conviés aux funérailles du Premier Ministre anglais...

Vous l'aurez compris, pour ce qui est de la crédibilité géopolitique de l'intrigue, on n'est pas chez Tom Clancy, mais après tout qu'importe : on n'est pas là pour ça. Le succès inattendu du premier film ayant prouvé qu'il existait encore un public pour ce genre de péloche régressive et rétrograde qui ne justifie pas ses outrances WTF sur l'autel de ses antécédents sur un médium pop (comics ou jeu-vidéo), ou n'essaie de légitimer son existence en s'alignant sur les diktats post-Jason Bourne, la franchise initiée par Millenium films serait bien peu inspirée de rentrer maintenant dans le rang pour élargir audience. Qu'on se rassure, "La Chute de Londres" se montre bien décidé à pérenniser l'héritage du premier film, entre rebondissements qui ne se soucient pas de la vraisemblance, violence gratuite dispensée à intervalles réguliers et exaltation archaïque d'un patriotisme belliqueux digne d'un spot TV de Donald Trump.

Mais quand bien même le plaisir de voir ses instincts de bourrin compulsif titillés de façon à ce point désinhibé incite à l'indulgence, "La Chute de Londres" subit plus que jamais le système de Millénium Films. Un studio qui fit d'abord fortune le direct-to-vidéo, avant de prétendre jouer en première division avec une méthode que l'on pourrait résumer ainsi : faire plus avec moins. Ou, pour le dire autrement, essayer de faire jeu égal avec les grosses majors en injectant le plus gros du budget dans le cachet des stars venues cachetonner en prêtant leur image à  la requête en respectabilité déposée par ses instigateurs. Le tout, en reproduisant au rabais les logistiques de blockbusters budgétés à dix fois le coût de production réel de leurs produits. A ce titre, "La Chute de Londres" permet de réévaluer l'apport d'un professionnel chevronné tel qu'Antoine Fuqua ("La Rage au Ventre", "Les Larmes du Soleil", "Training Day") dans la petite réussite du premier opus, notamment dans sa capacité à optimiser des moyens ridiculement disproportionnés au regard des ambitions affichées.

De fait, alors que "La Chute de la Maison-Blanche" réussissait épisodiquement à émuler une patine mainstream qui travestissait avec une efficacité inégale mais réelle son statut de série Z sous-produite, sa suite ne fait aucun mystère quand à ses conditions de tournage. Photographie hideuse ripolinée au réducteur de bruit, effets visuels toujours autant aux fraises, direction artistique de troisième partie de soirée sur une chaîne de la TNT... 

Pourtant, sur le papier, remplacer le réalisateur d'"Equalizer" par l'un des réalisateurs attirés de la série la plus jouissive du monde ("Banshee", what else ?) se révélait un choix plutôt éclairé quand on connaît la propension du show à rivaliser avec les meilleurs actionners malgré les délais en short notice de la télévision. Mais l'environnement de production n'étant pas le même, Babak Najit se révèle bien en peine de relever un déficit de production value qui met notre seuil de tolérance à l'épreuve, même d'après les standards de la firme derrière "The Expendables 2" et "The Expendables 3".

Mais si "La Chute de Londres" tire méchamment sur la corde lorsqu'il essaie de se donner des airs de blockbuster, le film se révèle en revanche beaucoup plus à son aise lorsqu'il se replie sur une échelle narrative plus adaptée à ses possibilités. Soit concrètement quand il mobilise intelligemment les compétences de son réalisateur au sein de gunfights inventifs et de mano-à-mano rageurs se déroulant dans des décors relativement neutres. On retiendra notamment ce plan-séquence collant aux basques de Butler durant l'assaut du repère des terroristes, vrai tour de force technique qui challenge instantanément le prochain Bourne sur son propre terrain.

Le film se met même à revendiquer ses élans bisseux les plus décomplexés, tel le président des Etats-Unis devenant par la force des choses le sidekick d'un Gérard Butler qui semble assouvir une pulsion primaire à chaque fois qu'il fait passer l'ennemi de vie à trépas. Volontiers partisan de l'efficacité au détriment de l'esthétisme, l'acteur insuffle à son personnage une sauvagerie qui intronise immédiatement sa singularité au Panthéon des pourfendeurs à l'écran des ennemis de la bannière étoilée.

Plus vigilante qu'action hero à proprement parler dans son exécution, quelque part entre Jack Bauer et le Steven Seagal de la grande époque, l'ancien spartiate constitue la partie la plus émergée d'un iceberg pulp qui gagnerait lors d'un hypothétique troisième épisode à arrêter de faire des ronds-de jambes au blockbuster qu'il ne sera jamais pour embrasser pleinement sa vocation. En l'état, c'est en ménageant la chèvre et le chou que le film ne parvient qu'in extremis à se hisser au dessus de son statut de zédard mal fagoté.

Auteur :Guillaume Méral
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