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La Colline a des yeux : Critique

Après son très remarqué "Haute Tension", Alexandre Aja s'est vu proposé dès son troisième film, la possibilité de faire sa première expérience américaine.  Qui plus est, c'est le maître incontesté du cinéma d'épouvante, Wes Craven en personne, qui est venu le chercher pour qu'ensemble, ils travaillent à la réadaptation de l'un de ses plus fameux films, "La colline a des yeux" (1977). A croire que le « remake-réussi-de-classiques-de-la-série-B-des-70's » est à la mode puisque autant le dire tout de suite, à l'image des tentatives de Niespel ("Massacre à la tronçonneuse") et de Znyder ("L'armée des morts") ou bien encore de "The Descent" de Marshall (qui sans être un remake s'inscrit sans conteste dans ce néo-courant cinématographique), la nouvelle version de "La colline a des yeux" » est une véritable réussite, sans doute même la plus indiscutable de toutes.

A l'image des autres cinéastes que nous venons d'évoquer, Aja est un véritable passionné du genre. Cela se sent dans chaque bobine de son film qui transpire l'hommage et la référence. Référence qui ne relève d'ailleurs pas seulement du cinéma d'horreur. Lors du combat à la hache au milieu de mannequins, comment ne pas penser au final du "Baiser du tueur" de Kubrick par exemple. Plus évidente encore est la référence au cinéma de Sergio Leone. On se demanderait presque si ce n'est pas Ennio Morricone qui a composé une grande partie de la bande-son.

D'ailleurs, à bien des égards, "La colline a des yeux" peut se définir comme un véritable western. Nous avons déjà évoqué la musique qui résonne des notes de Morricone, mais nous pouvons également parler du lieu de l'action, les personnages étant perdus en plein milieu du désert du Nevada (qui plus est à bord d'une caravane), la lutte de deux familles qui n'est pas sans rappeler entre autre l'histoire de « Pour une poignée de dollars », ou bien encore les cadrages en contre-plongée ou en gros plans, axes de caméra si chers à Leone. Cependant, le film d'Aja, plus qu'un hommage est d'abord et avant tout un film d'horreur qui vous fera flipper comme ce n'est pas arrivé depuis très longtemps. Tout d'abord grâce à une mise en scène particulièrement efficace et qui pour une fois dans un film à relativement petit budget, ne masque pas l'absence de moyens par des cadrages brouillons et  incompréhensibles comme nous les voyons trop souvent depuis quelques années.

Grâce également à un scénario particulièrement malin qui ne choisit pas la classique montée en pression progressive. En effet, tout de suite après la première demi-heure d'exposition Aja lâche la bride de son film en nous scotchant à notre fauteuil dans une scène d'attaque de la caravane et ne nous laissera plus respirer avant le générique de fin. Beaucoup trouveront l'exercice éprouvant – c'est effectivement le cas – mais plus encore il nous faut parler d'expérience jubilatoire. Nous pouvons également mettre au crédit d'Aja d'avoir refusé le recours au numérique qui, sans moyens financiers suffisants, donne un résultat invariablement déplorable. Ici l'hémoglobine est vraie, les « monstres » sont maquillés pour un rendu tout de même nettement plus efficace.

En cherchant bien, peut-être pourrons-nous trouver quelques dialogues pas toujours très percutants et certaines situations un peu clichées sans doute évitables. Néanmoins, dans son film, Aja n'a franchement pas oublié grand-chose, pas même le sous-texte socio-politico-culturel qui était la raison d'être de ce cinéma dans les 70's. Il nous montre par conséquent, à travers deux familles, deux facettes de l'Amérique contemporaine, apparemment si différentes et pourtant si proches. En effet, le thème de la bipolarisation de la société américaine est omniprésent dans le film. Ainsi, en voyant le personnage du beau-fils interprété par Aaron Stanford, démocrate, hostile aux armes à feu et qui serait capable de se tirer une balle dans le pied avec un pistolet selon les dires de son beau-père, manier avec une telle dextérité la hache à la fin du film, comment ne pas voir dans la société américaine autant de docteur Jekyll que de mister Hyde ?

Auteur :Loic Gourlet
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