22 janvier 2022
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La confiance règne : Abus de confiance…

Abus de confiance ou pourquoi la confiance ne règne plus.

A une époque, il y a eu la ruée vers l'or ; aujourd'hui, on assiste à la ruée aveugle vers Chatiliez. « La vie est un long fleuve tranquille », « Tatie Danielle », « Le bonheur est dans le pré » et « Tanguy » : grâce à ces 4 films, le moins qu'on puisse dire, c'est qu'Etienne Chatiliez s'est fait un nom juteux qui suffit à lui seul à attirer les spectateurs dans les salles. Et le réalisateur en a conscience et il en joue l'animal. Il faut dire qu'il a baigné dans la pub avant de faire du cinéma, alors les recettes qui marchent, ça le connaît. Il a depuis longtemps démontré qu'il avait le sens de la formule qui marque (on se souvient tous de « le lundi, c'est ravioli ») et qui fait que désormais, le public lui fait une confiance aveugle. Sauf que là, Etienne Chatiliez mène le spectateur en bateau :

- Lui qui nous avait habitués à des satires sociales pleines de vérités assassines, enfante cette fois une comédie « photocopillée » de ces précédents succès. Sans doute s'est-il dit qu'il n'avait pas besoin de vraiment se renouveler pour que le spectateur lui mange dans la main et n'y voit que du feu. Toujours est-il que Chrystèle et Christophe ressemblent étrangement à des clones de la famille Groseille et que les riches bourgeois de bonne famille chez lesquels ils sont employés domestiques ont un air de parenté avec les Le Quesnoy. Et les ressemblances - fortuites bien sûr - ne s'arrêtent pas là : et un petit clin d'œil à « Tanguy » par-ci, et encore un p'tit coup de « la vie est un long fleuve tranquille » par là. Les redites abondent, je vous laisse le soin de la surprise...

- D'artisan du rire, Chatiliez est devenu industriel du rire : les personnages comme les situations ont été taillés en bloc dans la caricature outrancière. Vincent Lindon et Cécile de France incarnent Chrystèle et Christophe, les « Bonnie and Clyde » version down et beauf qui cabotinent dans l'arène chère au réalisateur de l'opposition riches-pauvres. Tous deux ont un accent de ch'Nord style bien brave, tellement poussé à l'extrême que cela tourne au grotesque. Si c'est faire ressortir leur côté « pas fûte-fûte du tout » à l'écran que le réalisateur recherchait, c'est réussi, sauf que cela fait vraiment pitié. Il faut les voir se débattre tous les 2, unis par les liens sacrés de la cleptomanie, dans une relation d'amours chiennes, dans laquelle Chrystèle prend son pied à tester le degré de soumission de son Totophe et à voir sa frustration.

Non content de pondre des situations ridicules, Chatiliez y greffe des gags d'un goût douteux de viande faisandée dont seules les mouches seraient friandes : entre autres, on a Christophe et Chrystèle qui, après avoir gagné une fortune au grattage, se vautrent dans le luxe et dépensent sans compter, avides de découvrir ce qu'on ressent quand on fait partie du gratin ; une scène de concours de pets ; un père qui aime les enfants d'un peu trop près, etc. Bref, j'en passe et pas forcément des meilleures. Heureusement, ces péripéties tirées par les cheveux sont entrecoupées par des intermèdes consacrés aux besoins sexuels irrépressibles de Chrystèle : en proie à ses phéromones hyper-actives, elle se jette dans le lit du premier venu qui lui offre un verre et auquel elle répond systématiquement dans un style ben de ch'Nord qui frôle des sommets en matière d'élégance féminine : "j'prendrai bien une mousse".

- Même les acteurs, Vincent Lindon et Cécile de France en tête, en font des tonnes et des tonnes, cabotinent tant qu'ils peuvent. Leurs gesticulations permanentes sont horripilantes et nous hérissent tellement le poil qu'on aimerait bien leur filer des claques pour nous soulager !

Bref, ce film est une comédie ridicule, grotesque, poussive, foireuse, et plus si pas d'affinités.

"Etienne, Etienne, ton pauvre humour fané ne fait plus rire personne. Oh, Etienne, Etienne, nous ne te ferons plus crédit de notre confiance !"
Auteur :Nathalie Debavelaere
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