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La confiance règne : Affreux, bêtes et méchants.

Auteur jusqu'à présent d'un sans-faute, Etienne Chatiliez signe ici un film pesant, vulgaire et surtout rarement drôle, loin des comédies féroces plébiscitées par le public depuis La Vie est un long fleuve tranquille. Seule l'époustouflante Cécile de France, auteur d'une interprétation tonitruante, parvient à nous arracher de la torpeur d'une oeuvre aussi ennuyeuse que ratée.

Passé la surprise d'un prologue mené tambour battant, on devine sans peine le dessein du cinéaste avec son cinquième film : s'inspirer de la comédie italienne des années 1960 (Les Monstres de Dino Risi) et 1970 (Affreux, sales et méchants d'Ettore Scola) pour peindre un couple d'escrocs minables, employés comme domestiques dans de respectables familles bourgeoises, dont la seule motivation est de prendre l'oseille et de se tirer loin de ces pigeons plumés. Petites galères et grosses démerdes rythment le quotidien de Chrystèle Burrel (Cécile de France) et Christophe Gérard (Vincent Lindon en pilotage automatique), avant qu'ils ne décrochent le jackpot avec un butin tombé du ciel (ou plutôt venu de la mer).

Seulement, là où l'âge d'or de la comédie italienne conjuguait la vision féroce des laissés-pour-compte de la société de l'époque avec un regard percutant sur les bassesses de l'humaine condition, Etienne Chatiliez se contente de poser un regard cynique dépourvu de pertinence sur l'univers asphyxiant de la bourgeoisie provinciale (même dans ses films moyens, Claude Chabrol ne rate pas sa cible?). Tandis que son pitoyable duo d'arnaqueurs, incapables de réfléchir plus loin que le portefeuille du voisin, distrait quelque temps avant de nous lasser par ses gesticulations.

Heureusement, dans cette pataugeoire consternante et ridicule dans laquelle se vautre le réalisateur (au point que l'idée nous effleure d'un suicide cinématographique volontaire pour s'enorgueillir d'un bide au box-office après quatre succès insolents), la pétulante Cécile de France, comédienne d'origine belge comme son nom ne l'indique pas, fait preuve d'un bel abattage et s'amuse beaucoup avec un enthousiasme (presque) communicatif pour interpréter ce personnage caricatural vidé de toute substance.

Nonobstant quelques répliques incisives et/ou hilarantes noyées dans des dialogues le plus souvent rances, ce film faussement provocateur dévide le fil monotone d'un récit prévisible où le rythme atone achève de nous plonger dans une douce somnolence ou dans un irrépressible agacement (rayez la mention inutile).
Auteur :Patrick Beaumont
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