13 novembre 2019
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La Dame en Noir : Gothique avant tout

Un manoir perdu au milieu des marais, de la brume, un spectre revanchard… Il ne faut pas grand-chose de plus à James Watkins pour atteindre son but : plonger le spectateur dans un bain de terreur glacé !

La Dame en Noir signe le véritable retour de la Hammer Films Production dans les salles, et prouve que l'épouvante britannique (on prend le thé entre chaque manifestation surnaturelle) a encore de beaux jours devant elle. Daniel Radcliff, ex-sorcier de premier cycle, interprète Arthur Kipps, jeune clerc de notaire londonien engagé pour assurer la vente d'Eel Marsh House, un manoir gigantesque, et, forcément hanté.

Comme tout bon personnage confronté à un fantôme, Arthur a un passé douloureux (si jeune et déjà veuf) dont le spectre peut se servir contre lui. Et comme tout bon spectre supposé malfaisant, la dame en noir a ses raisons… Il n'en faut pas plus pour ajouter le mélodrame à l'horreur et enrichir l'ambiance générale d'un voile mélancolique (soutenu par la musique litanique de Marco Beltrami).

Le scénario s'enroule adroitement autour de la peur de la mort de l'enfant (les cibles premières de la dame en noir), peur ancrée dans l'esprit des familles vivant aux alentours d'Eel Marsh House, ce qui nous vaut quelques séquences dont la cruauté contraste avec l'image de fragile innocence que renvoient ces enfants d'un autre temps.

Rappelant « Les Innocents » de Jack Clayton ou « Full Circle » de Richard Loncraine, « The Woman in Black » peut s'enorgueillir du travail de Tim Maurice-Jones sur la photographie : la brume est ouatée, opaque, les noirs sont profonds, l'aspect poussiéreux d'Eel Mars House est parfaitement rendu. Daniel Radcliffe prouve ici qu'il n'est plus l'adolescent qu'on a trop longtemps vu en lui, sans aller jusqu'à dire qu'il s'agit là du rôle de la maturité, il se montre parfaitement convaincant, tout comme Ciaran Hinds qui interprète Sam Daily son seul ami dans la bourgade où le jeune clerc se heurte à l'hostilité de tous.

Sans entrer dans les détails d'une intrigue qui comble sa relative transparence par un jeu de rapports complexe entre Arthur et la Dame du titre (Jennet de son prénom), on peut d'emblée remarquer que « The Woman in Black » s'adresse surtout à un public qui chercherait autre chose que des retournements de situation tortueux. C'est cette quasi absence de surprise qui empêche le film de Watkins de prétendre à un apport conséquent au cinéma gothique, l'ensemble, proche de la perfection apparaît finalement trop lisse, et la frustration vient justement du fait que la Dame en Noir nous offre exactement ce que l'on attendait.

Proposant avant tout une ambiance savamment installée, le film laisse au spectateur tout le loisir d'admirer un décor proprement gothique avant un sursaut bien senti (les apparitions du spectre de Jennet sont formidablement orchestrées). Le récit des investigations d'Arthur, évoquant Henry James et Daphné Du Maurier, se révèle habilement construit, et si l'histoire en elle-même ne révolutionne pas le genre, on l'aura suivit passionnément du début à la fin. 

Auteur :Gabriel Carton
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