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La demoiselle d’honneur : Mauvais Chabrol

Avec en moyenne un film par an depuis près d'un demi-siècle, la carrière de Claude Chabrol est sans contexte l'une des plus prolifiques du cinéma français mais c'est aussi l'une des plus variables en termes de qualité. Alors, à la sortie de son dernier film se pose invariablement cette question : fait-il partie des bons ou des mauvais Chabrol ? Tachons d'y répondre en ce qui concerne "La Demoiselle d'Honneur" (distribué par Bac Films).

De nouveau, le cinéaste retrouve cette province française qu'il affectionne, avec une nouvelle sombre histoire de manipulation piochée dans l'oeuvre de Ruth Rendell,  romancière dont il a déjà adapté au cinéma l'un des romans (c'était pour "La Cérémonie"). Avec tant d'air connus à la partition, on pourrait prendre Chabrol pour un metteur en scène pantouflard. Même si son abondante filmographie tente de démontrer le contraire, il faut admettre que ce n'est pas tout à fait faux.

D'abord, on aurait pu souhaiter que le réalisateur eut peaufiné un peu plus l'adaptation car l'intrigue de "La Demoiselle d'Honneur" manque singulièrement de réalisme tant elle semble éloignée des personnages. Philippe, jeune entrepreneur tombe sous la coupe de Senta et de sa folie doucement dangereuse et fasciné qu'il est par cette jeune créature, il se retrouve impliqué dans un meurtre par procuration. Ce qui creuse le fossé entre le récit et les personnages, c'est que les dialogues sonnent particulièrement faux, phénomène aggravé par une distribution qui laisse à désirer. Et c'est le moins que l'on puisse dire.

On pourra pardonner à Benoît Magimel de pas sembler croire à ses répliques et d'incarner avec si peu de conviction un jeune homme fasciné par sa partenaire quand on voit qu'il est confronté à l'improbable Laura Smet dont le jeu d'actrice semble si aléatoire qu'on désespère de lui trouver des circonstances atténuantes. Bref, si le spectateur n'est pas fasciné par le personnage féminin (en l'occurrence, ça ne risque pas), on a peine à imaginer que le personnage masculin puisse réussir cet exploit. Et en raison de ce vice de forme, l'intrigue ne fonctionne tout simplement pas.

Par dessus le marché, la réalisation de Claude Chabrol est bien trop classique pour parvenir à faire transparaitre une quelconque tension que le scénario est censé receler. En étant indulgent, on pourra dire que le cinéaste ne cherche pas à impressionner le spectateur avec une mise en scène m'as-tu vu. En étant vache, on dira qu'on est à peine plus secoué avec "La Demoiselle d' Honneur" qu'à la vision d'un épisode de "Derrick". Ce qui est aussi plus lucide.

Auteur :Pierre Lucas
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