28 février 2020
Critiques

La dernière vie de Simon : La critique du film

Par Guillaume Méral

Certains films tel "La dernière vie de Simon" vous frappent comme une certitude. Sous vos yeux défile le long-métrage que vous avez toujours voulu voir, mais que vous n’avez jamais osé envisager. C’est ce sentiment, aussi disruptif qu’évident qui émerge durant La dernière vie de Simon de Léo Karmann qui, pour son premier film, a choisi de faire à peu près tout ce qui peut causer de l’urticaire au cinéma français. Un conte initiatique merveilleux, une romance adolescente emplie de tragédie, du fantastique romanesque…

"La dernière vie de Simon" sollicite la filiation Amblin/ Spielberg/ Zemeckis. Bref, pile poil un film comme a l’habitude d’en produire l’Hexagone. Pourtant, "La dernière vie de Simon" réussit à être tout ça à la fois, et bien plus encore. Aussi protéiforme que son personnage éponyme, orphelin de son état capable de prendre l’apparence de toutes les personnes qu’il touche. Lorsqu’il rencontre une famille prête à l’accueillir, il va prendre une terrible décision qui va affecter sa vie à tout jamais… Et celle de ses proches.

On n’en dira pas plus pour ne pas déflorer une intrigue déjà largement exposée dans la bande-annonce. Mais sachez que les envies de cinéma du réalisateur et son équipe se conjuguent systématiquement aux émois de personnages qui ne quittent jamais le centre des débats. A contrario de toutes les productions qui jouent la carte de la nostalgie 80’s comme d’un accès premium à la boite à doudous des millenials, La dernière vie de Simon n’utilise jamais ses influences évidentes et assumées comme papier peint de son récit.
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Benjamin Voisin et Camille Claris - Copyright Ciné Sud
Conscient que la diversité des genres traversés par un récit aux tonalités plurielles le place sur un équilibre précaire vis-à-vis du spectateur (surtout dans le contexte d’un film français), Karmann s’applique à bétonner chaque compartiment de la production. En premier lieu le scénario écrit à quatre mains avec sa co-scénariste Sabrina B. Karine, qui déploie les états d’âmes de son personnage dans une structure aussi ambitieuse que charpentée. Mariant un art consommé de l’ellipse avec un goût du romanesque assumé, le duo fait preuve d’un timing à toutes épreuves lorsqu’il s’agit de laisser du mou au spectateur pour lui permettre de s’approprier le récit dans ses interludes.

Preuve en est ce twist qui clôt la première demi-heure et ouvre le nouveau chapitre d’une vie à la manière de ces grandes œuvres littéraires qui affichent l’ambition de raconter une vie. De fait, c’est en stimulant l’imaginaire du spectateur dans ce qu’il ne voit pas autant que dans ce qui lui est montré que le film réussit à magnifier son récit dans le temps et dans l’espace, et ce malgré sa durée ramassée. A croire qu’on perd l’habitude des films qui racontent leurs personnages dans le temps plutôt que de les étaler sur des durées-fleuves…
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Benjamin Voisin et Camille Claris - Copyright Ciné Sud
C’est sans doute l’un des aspects les plus remarquables de "La dernière vie de Simon" que de revendiquer l’expressivité de son médium (de la lumière à la musique en passant par la photo, tout est porteur de sens ici), tout en réussissant à garder des choses pour lui en les partageant avec le spectateur. C’est ce paradoxe inhérent au médium et cette différence fine mais oh combien décisive entre montrer et évoquer, qui articule les nombreuses envolées hyperboliques d’un film qui n’a jamais peur de faire jaillir les états d’âmes de ses personnages à l’écran. Y compris quand ces derniers sont les porteurs de ces dilemmes moraux insolubles, de ceux qui forgent les tragédies intemporelles et résonnent dans le regard du spectateur qui a depuis longtemps laissé ses défenses immunitaires derrière lui.

Vous l’aurez compris : "La dernière vie de Simon" avance avec un idéal de cinéma pur chevillé au corps qu’il n’a jamais porter de porter à sa quintessence émotionnelle. A l’instar de Steven Spielberg finalement, mentor spirituel de l’équipe auquel le film ne cesse de renvoyer (on pense notamment à E.T, véritable modèle de poupées russe d’émotions contradictoires). Quitte à parfois trébucher sur la route, comme lors d’un climax qui se laisse quelque peu emporter par son romantisme et perd de vue la suspension d’incrédulité du public en cours de route. C’est le prix à payer pour les funambules qui vont au charbon par grands vents : le risque de glisser est forcément plus élevé. En l’état, cela n’enlève rien à la beauté de l’un des gestes de cinéma les forts vécus de mémoire récente, qui réussit à (re)faire de la France une terre d’imaginaire jamais entamée. Quand même.

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