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La Doublure : Avoir Pignon sur rue, ça aide ?

Qui ne connaît pas Monsieur François Pignon, le personnage récurrent de la filmographie de Francis Veber ? Ce nom, on ne peut plus commun, qu'affectionne tout particulièrement le réalisateur, est devenu au fil du temps et des films, le plus illustre des quidams. Mais Francis Veber peut-il faire aussi bien que "Le Dîner de Cons", comédie d'anthologie avec son François Pignon qu'incarnait tellement bien le très regretté Jacques Villeret, où fusaient répliques savoureuses et quiproquos décapants ? La réponse est résolument non ! 

Si, dans "La Doublure", Francis Veber reste fidèle à son savoir-faire de scénariste qui a déclenché bien des rires dans les salles, on sent un certain essoufflement peser sur le film : malgré un rythme enlevé et des rebondissements qui provoquent ça et là quelques éclats de rire (on aime bien le clin d'œil au "Dîner de Cons" !), les gags manquent sérieusement de piquant, l'histoire, au lieu de suivre un vrai fil conducteur, se perd dans une multiplication de saynètes théâtrales pour ne plus ressembler qu'à une suite de situations comiques amenées un peu trop lourdement. Il émane de cette comédie une tiédeur dont on a du mal à se contenter venant de Francis Veber. S'est-il inconsciemment laissé emprisonner par une mécanique trop bien huilée ou est-ce tout simplement la manne Pignon qui est en train de s'épuiser ?

Reconnaissons quand même au passage que le point de départ du film constitue un comique de situation dont Francis Veber a le secret : François Pignon passe dans la rue et dans le champ de vision d'un paparazzi pile-poil au bon moment pour permettre à Pierre Levasseur d'échapper au flagrant délit d'adultère. Une fois de plus, François Pignon est cet homme à qui il arrive une histoire pas possible parce qu'il s'est retrouvé à un endroit donné à un instant T, et ce alors qu'il n'a rien demandé à personne et qu'il se contente de vivre tranquillement sa vie. 

Si le charme de cette comédie française opère malgré tout, c'est sans aucun doute parce que le réalisateur est grandement aidé par son casting, une belle collection d'acteurs et d'actrices à la présence magnétique. Le film vaut surtout pour l'opposition magistrale entre deux couples d'acteurs : Gad Elmaleh (tout en retrait et en humilité pour incarner ce François Pignon nouvelle génération) et Dany Boon d'un côté, Daniel Auteuil (Philippe Levasseur) et Richard Berry de l'autre. La naïveté et l'air benêt des deux premiers égalent la perfidie et la sournoiserie des seconds, Daniel Auteuil et Richard Berry, excellant dans l'art d'incarner des « méchants », volant au passage la vedette aux deux show-men qui jouent tout en sobriété. 

Au milieu de ces deux couples d'hommes, le réalisateur a accordé pour la première fois dans un de ses films une place considérable aux femmes : si Alice Taglioni, le personnage féminin central, convainc, c'est uniquement pour sa plastique (mais comme c'est à ça que tient l'essentiel de son rôle…) ; ainsi on ne pourra que déplorer la rareté des scènes où apparaissent Virginie Ledoyen et Kristin Scott Thomas, toutes deux remarquables dans des rôles secondaires. 

Certes, on rit parce que le divertissement demeure néanmoins au rendez-vous, mais jamais le spectateur n'est pris en flagrant éclat de rire. Malheureusement, tout comme François Pignon ne peut sauver la mise plusieurs fois à Philippe Levasseur, le seul nom de François Pignon ne suffit pas systématiquement à faire une comédie à l'humour caustique. 

Le cru Pignon 2006 se laisse boire, mais cela ne sera pas un grand millésime. 

Auteure :Nathalie Debavelaere
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