14 décembre 2019
Critiques

La Favorite : Critique du film

Critique du film La Favorite

par Victor Van de Kadsye

On l'avait quitté avec un Prix du scénario au Festival de Cannes pour son glauquissime "Mise à mort du cerf sacré", il y a un an demi, mais Yorgos Lanthimos est de retour pour encore une fois nous jouer un sale tour : Rompre avec les bienséances du film à costume pour y implanter sa froideur drôlatique.

Si l'idée de voir Lanthimos nouer des liens avec le film d'époque ne nous a pas traversée l'esprit, les premières minutes ramènent à l'évidence. Ancrant son histoire au sein de la royauté anglaise, lors du règne de la reine Anne, le réalisateur y implante son thème de prédilection : l'introduction d'une perturbation qui se normalise au sein d'un système d'ordre strict.

"The Lobster" utilisait la dystopie pour parler des normes relationnels, tandis que "Mise à mort du cerf sacré" et "Canine" détruisaient la cellule familiale avec beaucoup de mordant. Dans "La Favorite", c'est le royaume anglais qui en prend pour son grade avec l'arrivée de Abigail (Emma Stone), jeune femme débarquant dans la royauté pour retrouver son titre de Lady.

Pour parvenir à ses fins, elle va devoir affronter Lady Sarah (Rachel Weisz), amante jalouse et bras-droit politique de la reine, tout en manipulant celle-ci (Olivia Coleman). Un jeu pervers s'instaure tout le long, lâchant touts les coups bas possibles.

"La Favorite" s'éloigne donc des conventions pour ce massacre royale ; lâchant punchlines sur punchlines dans les dialogues et gags sanguinolents. Une nouvelle fois, Lanthimos sait inviter le grotesque sous des grands airs pour montrer les vices cachés sous la beauté de la photographie (signée Robbie Ryan).

Ralentis, effets fish-eye et musique classique tonitruante. Tout y est pour installer un sentiment palpable d'inconfort à l'écran. Le tout aidé par un trio magistral de comédiennes.

On note la méchanceté de Rachel Weisz et son ton si acerbe; le basculement de ton d'Emma Stone qui passe de servante « innocente » à une cruelle concurrente. Mais, c'est surtout Olivia Coleman qui crève l'écran, livrant à son personnage une performance tragi-comique à briser notre cœur. Lauréate d'un Golden Globe, on est de tout cœur avec elle pour l'Oscar à la fin du mois.

On rit cruellement devant cette comédie perverse dont on espère qu'il permettra à un plus large public de découvrir le monde taré de Lanthimos. "La Favorite" est une farce aussi belle que déconcertante, qui ne manquera pas de faire grincer des dents.


Vous avez aimez cette critique ? Voici maintenant un replay de notre magazine radio Les Aventuriers des Salles Obscures dans le cadre duquel nous avons largement évoqué "La Favorite" :



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