Critiques

La Fille de Brest : Retour sur le scandale du Mediator

La réalisatrice, Emmanuelle Bercot, retrace, avec "La Fille de Brest", le parcours d'Irène Frachon. La pneumologue au CHU de Brest qui dénonça, dès 2007 les dangers du Mediator. Ce coupe-faim, prescrit aux patients en surpoids provoquant des valvulopathies (dysfonctionnement des valves du coeur) et entraînant leur décès. Après une étude plus poussée, Irène Frachon se heurte aux pressions du laboratoire Servier, qui fait tout pour la discréditer. En 2010, elle lance un pavé dans la mare. Elle publier le livre Mediator 150mg, combien de morts ?, sous-titre qui sera censuré à la demande du laboratoire. A ce jour, les victimes du Mediator qui lui ont survécu se battent toujours pour être indemnisées.

"La Fille de Brest" se veut pédagogique. Il permet de saisir les tenants et les aboutissants de l'affaire dont la dimension humaine est profonde. Emmanuelle Bercot nous montre des scènes très crues d'opération à coeur ouvert et d'autopsie de patientes, rendant la mort tangible et organique. On sent toujours l'investissement d'Irène Frachon auprès de ses patientes et on partage la tragédie des victimes du Mediator.

Ce film est à voir pour comprendre le fonctionnement des laboratoires privés. Le danger de les laisser seuls financer la recherche dont nous avons tous besoin. Ces laboratoires qui musèlent les lanceurs d'alerte, les menaçant à tout moment de briser leur carrière et leur vie. La malhonnêteté et le cynisme du système sont à vomir. Celles et ceux qui les combattent en ressortent éprouvés, mais grandis. Loin de se laisser intimider, Irène Frachon fait preuve d'une détermination sans faille. Elle est soutenue par sa famille, un collègue, une étudiante en médecine, une taupe au sein de l'Afssaps, une journaliste au Figaro, etc. "La Fille de Brest" est ainsi une oeuvre d'utilité publique.

Toutefois, le tandem Benoît Magimel / Sidse Babett Knudsen (que l'on a pu découvrir dans la série "Borgen") est parfois caricatural. L'un est dépressif et veut rester prudent face à l'institution. L'autre est constamment survoltée. Elle enchaîne les gaffes et les erreurs de communication. L'accent danois de l'actrice principale est parfois difficile à comprendre. Ses scènes de colère sonnent étrangement faux. On finit par percevoir les efforts d'élocution qui font perdre aux dialogues leur naturel.

Le film souffre aussi de quelques longueurs. Par souci d'éclairer tous les aspects de l'affaire. L'action aurait peut-être gagné à être ramassée vers la fin. Dès le moment où la victoire d'Irène Frachon se fait sentir. Au moins, le Mediator aura été interdit à la commercialisation en France, à partir de 2009 et l'Afssaps (devenue ANSM en 2011) aura été tenue à plus de transparence et de rigueur. On espère que la sortie du film accélèrera la prise en compte des survivants du Mediator. Mais aussi les lanceurs d'alerte seront en mesure d'éviter les scandales sanitaires à venir.

Auteure :Yvanna Trambouze
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