30 octobre 2020
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La Fleur du Mal : Exceptionnel !

Depuis déjà de nombreuses années, Chabrol vient faire un tour sur nos écrans avec une étonnante régularité. Temporelle. Qualitative, ça se discute. Ayant atteint un sommet dans sa peinture des rapports de classe avec "La Cérémonie", il semblait depuis peiner à trouver un nouveau souffle, en enchaînant les séries B bâclées du type "Rien ne va plus".

Son précédent opus, l'envoûtant "Merci pour le chocolat", témoignait du retour d'un cinéaste au meilleur de sa forme, fort d¹une inspiration retrouvée dans sa mise en scène et d¹un passionnant renouvellement formel. "La fleur du mal" vient confirmer aujourd¹hui tous les espoirs d'alors.

Tout comme son prédécesseur, il s¹agit moins ici d'élaborer et de faire progresser une intrigue que d'explorer toutes les strates d'une situation en place. Et il y a de quoi faire : famille abonnée à la consanguinité depuis six générations, souvenirs envahissants, hypocrisies, atavisme, schémas freudiens à la pelle et noirs secrets.Et c'est un véritable régal : l'ami Chabrol prend un malin plaisir à nous faire pénétrer dans ces eaux troubles et opaques, avec une virtuosité aussi joueuse que maniaque. Surtout, malgré l'abstraction qui imprègne l'ensemble (les personnages sont tous des figures, des "cas", la somme de leurs névroses et les signes abondent), il n"oublie pas d'y insuffler de la vie, de donner de la chair.

Il est notamment aidé en cela par une distribution impeccable. Nathalie Baye, toute en sourires figés, incarne la candidate aux élections et la mère de famille d¹une même élégance calculée; Bernard Le Coq est époustouflant de "beaufitude BCBG" en père mal intégré au clan, Benoît Magimel n'a jamais été aussi convaincant et Mélanie Doutey - qui joue sa (presque) demi-soeur - est une révélation. Oserons-nous parler de Suzanne Flon tant les superlatifs manquent pour évoquer sa sidérante interprétation ?

Comme souvent dans les meilleurs Chabrol, c¹est noir et drôle. On rit en effet beaucoup grâce au regard acéré que pose le cinéaste sur la société, dont il met à nu les petites hypocrisies en se livrant parfois au jeu de massacre jubilatoire. Et sur l'insondable perversité des rapports humains : c¹est effrayant et délectable.

La mise en scène dans "La fleur du mal" est constamment passionnante; Chabrol parvient, entre autres, à faire passer des idées aussi percutantes que la non-existence du temps sans se départir d'une linéarité fluide et d¹une grande lisibilité. L'art du cinéaste, ici éclatant, lui permet d'aborder une multitude de thèmes et de les explorer de fond en comble avec une excitante acuité.

"La fleur du mal" est un film exceptionnel, peut-être le meilleur de son auteur.

Auteur :Rémi Boîteux
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