12 novembre 2019
Archives Critiques

La France : Où est la guerre ?

En ce mois de novembre, nous avons fêté l'Armistice de la Première Guerre mondiale, la grande guerre. Ce conflit a inspiré des milliers de films, sur tous les tons et tous les genres, toujours pour traduire l'horreur de cette guerre, cette « boucherie ». Un nouveau film était-il nécessaire ? Eh bien, pourquoi pas dirons-nous, si celui-ci a un regard différent, une originalité. De ces deux points de vue, « La France » ne souffre pas de défaut. Sa réalisation est pour le moins atypique et Serge Bozon va choisir un angle original, celui du regard d'une femme sur ce conflit. Pour autant, des bonnes idées ne font pas toujours un bon film. Explications. Camille (interprétée par Sylvie Testud) va partir à la recherche de son mari à la guerre et qui refuse désormais, dans cette horreur, d'avoir de ses nouvelles. Elle croise le chemin d'un garnison un peu spéciale. Dès les cinq premières minutes, le ton est donné. Les décors semblent à la fois réels et fantasmés. Bozon a choisi une sorte d'univers de fable.

« La France » ne présente aucune scène ou décor de guerre ou de tuerie. A peine entendrez-vous au loin un canon tonné ou un coup de feu tiré. La guerre est proche et lointaine. Le film est une fable théâtrale. Les décors suivent cette trame. La direction des acteurs est dans la même veine. Et ici, deux options : soit vous accrochez à cet univers, soit vous décrochez de suite et vous vous ennuyez, d'abord beaucoup puis magistralement pour finir totalement agacé. Je dois hélas dire que je me situe dans le second groupe.

Cet univers propret relève du concept. Cette poésie guerrière, ce conte noire pour adulte, je n'y ai pas du tout adhéré. Cela commence, certes, par les décors et costumes, tout est lisse, blanc, repassé, merveilleux. Mais, cela entre dans le principe. Ce n'est donc pas trop dérangeant. Cependant, la première scène donne le ton du film. Le découpage est calamiteux. Deux sœurs se parlent, la caméra sur l'une puis sur l'autre, mais les deux scènes semblent avoir été filmées séparément, puis on a intercalé les répliques de l'une par rapport un l'autre. Un effet me dites vous ? Sans doute. L'une des deux se pense au théâtre. Grandiloquence, exagération du ton et des mimiques. Encore un effet. Oui, oui aussi. Sauf que vous, cher spectateur, comptez bien deux trois répliques pour le comprendre. Alors !!!. Mais déjà là, dormirez vous peut être…

Bref, Camille s'en va en guerre se faisant passer pour un homme. Sa garnison est représentative de l'époque : un instit (l'intello), tous les autres, le jeune gamin perdu, un peu voleur, et le chef charismatique, calme et expérimenté (Pascal Greggory). Pour l'interprétation, ici, rien à dire. Les deux acteurs principaux livrent un jeu intelligent, emprunt de sensibilité et de nuances. Toutefois, tout leur talent ne suffira pas à se passionner à ces successions de scènes mollassonnes. Le scénario est d'ailleurs très vite lisible. Cette garnison itinérante cache un secret de polichinelle et ce n'est pas ce dernier ni les cachotteries de Camille garçon qui vous feront tenir en haleine. Tout transpire une seule chose : l'ennui profond. Je sais, je l'ai déjà dit. Mais que voulez-vous, c'est la seule chose que j'ai ressentie.

Trois choses peuvent faire tenir éveiller : la volonté de rentabiliser le prix de son billet, l'obligation professionnelle et… les chants qui ponctuent les scènes du film. Des vrais tableaux parlant qui vous cassent les oreilles. Parce que si ça chante, ça chante faux ! Grand dormeur, vous pourrez, certes, bénéficier de la salle obscure pour vous laisser aller à votre passe-temps favori, mais je dois vous prévenir que vous serez impertinemment dérangés par les chansonnettes de ses soldats en vadrouille. Leur mélodie (sic) disgracieuses, d'inspiration anglo-saxonne, directement enregistrées en plein air et jouées sur des instruments (acoustiques) de fortunes fabriqués à partir de matériaux de récupération vous laisserons au mieux indifférent, comme le reste, au pire adepte du silence, et en tous les cas, perplexe !

En somme, ce qui ne vous ennuie pas vous énerve. Effets de mise en scènes qui tombent à plat, acteurs volontairement caricaturaux, scénario attendu, petits dialogues souvent simplistes, moral éculée, "La France" méritait mieux que cela. La paix contre l'horreur de la guerre aussi. Ces gueules cassées sont, certes, bien présentées et bien senties, mais qu'y a-t-il d'original ici ? Il faudra faire l'effort d'effectuer un rapprochement avec les conflits actuels et la destruction de ses hommes que l'on envoie faire la guerre pour rien. Pour cela, on ira plus sûrement voir, et je regrette bien de l'écrire, moi qui aime tant le cinéma français, "Dans la vallée d'Elah" de Paul Haggis avec Tommy Lee Jones. En attendant, notre grande guerre devrait susciter davantage que l'envie de passer son chemin.
Auteur :Magali Contrafatto
Tous nos contenus sur "La France" Toutes les critiques de "Magali Contrafatto"