1 décembre 2021
Critiques

La French : Le bon chemin

C'est une qualité simple qui s'appelle l'audace. Si simple que le cinéma français a décidé de s'en passer. Et quand Gilles Lellouche et Jean Dujardin, acteurs starisés et ultra-bankables, se donnent pour mission depuis quelques années de montrer aux français ce qu'ils n'ont pas l'habitude de voir, ça nous donne un Saturday Night Live made in france ("Le Débarquement" sur Canal +), un film à sketchs façon Dino Risi ("Les Infidèles") et, maintenant, le film de gangster vintage avec vue sur la méditerranée. Cela s'intitule "La French" et c'est très bon.

Dujardin en Juge Michel, Lellouche en Gaëtan Zampa. Autour d'eux, un Marseille aussi ensoleillé que bouffé par la corruption, où les paillettes des boîtes disco pleuvent comme les cartouches de chevrotine, où l'on se fait canarder au volant d'une Dauphine en écoutant du Mike Brant. 2h15 de plaisir de collectionneur, durant lesquelles les deux potes s'amusent comme des fous dans ces nouveaux déguisements (un jour, ils feront peut-être un western, un film d'horreur, ou tourneront dans un Godard...qui sait ?). Dujardin le premier, jamais loin d'un "OSS 117", toujours drôle, sans en faire trop, face à un Lellouche sobre et impeccable en mafieux père de famille et droit dans ses pompes.

Nourri à la cantine Scorsese, Jimenez a pigé les recettes de son illustre. Comprenant que ce qui fait la magie des "Affranchis" ou de "Casino", c'est le fun qui immerge le film. On est jamais loin du grand-guignolesque, l'humour hâbleur répond à une violence inouïe, les personnages quasi-caricaturaux (Magimel, qui après "Cloclo", se voit encore affublé d'un grimage ridicule) s'entrechoquent avec des personnages secondaires d'un naturel saisissant.

Et surtout, la musique pop, marqueur temporel infaillible. C'est d'ailleurs sur ce point qu'apparaît l'évident défaut de Jimenez : celui de ne pas aller jusqu'au bout de ses idées. Alors que ses choix musicaux, excellents, pourraient faire s'envoler les scènes, il coupe brutalement chaque morceau au bout de vingt secondes. Soucieux de ne pas trop déconcerter le grand public, il s'avère parfois pantouflard dans sa réalisation, alors que beaucoup de scènes nous font penser que ce garçon sait filmer (la rencontre entre les deux personnages magnifiquement amenée, les assassinats toujours superbement cadrés), il pêche un peu, soit par flemme, soit par couardise.

Malgré des qualités bien au dessus de la normale et des acteurs qui prennent beaucoup de plaisir, "La French" (distribué par Gaumont) n'est donc pas un grand film, mais c'est un très bon film. Rien que de dire ça, on en a déjà les larmes aux yeux.

Auteur :Mickaël Vrignaud
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