17 juillet 2019
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La Guerre des Mondes : Excellent quoique facile

Le moins qu'on puisse dire c'est que « La Guerre des Mondes » a été encensée par la critique, criant au génie de Spielberg comme si son adaptation du célèbre roman de science-fiction d'Orson Welles était un chef d'œuvre en passe d'entrer au panthéon du 7ème art. N'y aurait-il pas un peu d'exagération ? Concernant la mise en scène, effectivement Spielberg ne faillit pas à sa réputation : c'est qu'il maîtrise le bougre !

Techniquement tous les éléments de cette machine parfaitement huilée contribuent à laisser planer en suspens dans un coin de notre cerveau cette question « Et si un jour la fiction rejoignait la réalité ?... » car rien n'est laissé au hasard. L'action très rythmée s'enchaîne à la vitesse de la lumière (nous empêchant en même temps de trop réfléchir à un scénario un peu léger mais je reparlerai de cet aspect un peu plus bas).

Les effets spéciaux grandioses sans être tape-à-l'oeil, la lumière tantôt teintée de braise tantôt teintée du bleu-gris glacé des films de guerre, et la bande-son à vous pétrifier sur place se marient effroyablement bien à l'atmosphère violente, cruelle, dramatique, à haute teneur anxiogène, qui vous prend à la gorge pour ne plus vous lâcher. Impossible de nier que les images (paysages rougeoyants habillés de filaments de sang humain, êtres humains comme pulvérisés…) s'impriment de manière indélébile dans le fond de la rétine comme si nos yeux avaient vu l'incarnation du Dieu Pixel.  

Là où je demeure plus sceptique, c'est quand on dit que, pour une fois, on ne se tape pas le patriotisme horripilant, l'héroïsme surdimensionné et des valeurs morales idylliques propres aux blockbusters de la même catégorie. OK, Tom Cruise (qui alterne un jeu trop lisse avec des attitudes surjouées) incarne un père loin du schéma familial traditionnel (divorcé, il n'est qu'un papa inscrit aux abonnés absents qui n'a suivi que de très loin l'éducation de ses enfants pour s'occuper de lui-même avant tout et surtout) mais quand même : brutalement, comme par hasard, dans des circonstances apocalyptiques, il se découvre des instincts paternels qu'il ne se connaissait pas et s'érige en sauveur du monde… Alors que la majorité de la population est en voie d'extermination, c'est lui qui trouve les solutions in extremis pour éviter la mort (la voiture quand tout le monde est à pied, la hache et les grenades au bon moment…), c'est lui qui décèle le talon d'Achille des extra-terrestres apparemment invincibles… Un peu facile, non ? 

Mais ce ne sont pas les seules faiblesses scénaristiques de ce film : pourquoi la population se presse, curieuse, pour voir les réactions du tripode alors que la réaction humaine normale aurait été la fuite ou la peur tétanisante ? Pourquoi un ado tout ce qu'il y a de plus ordinaire se découvre subitement une vocation patriotique ? Et les questions de ce genre, nombreuses, accroissent le scepticisme quant au réalisme de l'histoire, scepticisme qui tourne à l'indigestion lors de la scène finale : pourquoi, la guerre des mondes ne s'achève pas sur une fin apocalyptique dans la même lignée que tout le film ? Pourquoi a-t-il fallu que Spielberg nous offre ce « happy end » hollywoodesque limite digne d'une série TV américaine ? Car, après avoir flirté avec la terreur, il bascule dans l'autre extrême : retrouvailles familiales où le père verse sa petite larme, surpris et soulagé que son fils, indemne, ait échappé, on ne sait comment, à l'enfer de la mort, pour arriver au bercail avant lui. C'en est trop ! Le diktat commercial a-t-il encore une fois imposé sa loi ?

Enfin, quand on dit que le film ne ressemble en rien aux blockbusters du genre signés Emmerich, Shyamalan et compagnie, je me demande si nous avons vu le même film. Je n'ai pas envie de crier au chef-d'œuvre alors que certaines scènes me rappellent un peu trop « Independance Day » ou « Le Jour d'Après ». Ajoutons à cela, l'affirmation à peine sous-entendue de la supériorité américaine sur le reste du monde, et mon enthousiasme est définitivement retombé. 

Techniquement, Spielberg se montre plus qu'à la hauteur du budget exorbitant du film ; en revanche, du point de vue du fond, il ne s'élève malheureusement pas au-dessus de ses prédécesseurs. Alors, oui, « La Guerre des Mondes » est 100% efficace dans la catégorie divertissement estival, mais pour le reste, « E.T. » (pour ne citer que lui) demeure bien au-dessus malgré toutes les années et les miracles technologiques qui séparent ces deux films.  
Auteur :Nathalie Debavelaere
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