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La Guerre des Mondes : L’anti-thèse de Rencontres du 3ème type.

Dans La Guerre des mondes publié en 1898, H.G. Wells racontait une invasion de Martiens aux formes cauchemardesques sur Londres. Le 30 octobre 1938, Orson Welles lança un canular radiophonique à partir de cette histoire provoquant une véritable panique parmi la population. En 1953, Byron Haskin porta le roman à l'écran (le film remporta l'Oscar des meilleurs effets spéciaux) avant que Roland Emmerich ne s'en inspire vaguement pour Independence Day (1996) tout de suite contré par le satirique Mars Attacks! (1996) signé Tim Burton.

Steven Spielberg revient à la science-fiction, l'un de ses genres de prédilection qui fit entrer Rencontres du 3ème type (1977), E.T. l'extra-terrestre (1982), A.I. (2001) et Minority Report (2002) dans l'histoire du cinéma mondial. La guerre des mondes marque la seconde collaboration entre Steven Spielberg et Tom Cruise après Minority Report.

Ray Ferrier travaille comme docker près de New York. Son ex-femme lui dépose ses deux enfants, Rachel et Robbie pour quelques jours et avec lesquels Ray entretient des relations conflictuelles surtout avec son fils. C'est alors que se produit un étrange orage électromagnétique…

Et que le suspense commence après une brève exposition des protagonistes, la bête surgit des entrailles de la terre, réduisant en cendres tout ce qui bouge. L'exode massif commence et il ne semble y avoir aucun endroit où se cacher. La solution, c'est fuir, fuir toujours plus loin mais pour combien de temps, la fuite ne fait que reculer l'échéance de la fin du monde.

C'est ainsi que le réalisateur traduit la peur du jugement dernier, à travers le point de vue de Ray Ferrier, personnage antipathique à première vue dont l'instinct paternel de survie se décuplera avec les situations qui s'enchaînent. Laissant très peu de temps au spectateur de reprendre son souffle tout comme cette famille. Ici, pas de destructions de monuments historiques, ni d'héroïsme déplacé, l'invasion extra-terrestre n'est qu'une toile de fond servant au parcours initiatique d'un père. A juste titre, on retrouve les thèmes chers au cinéaste : l'enfance et la figure paternelle.

Le climat sous tension est renforcé par la conviction de l'interprétation. Tom Cruise laisse sa panoplie de héros narcissique pour incarner admirablement un simple humain confronté à une situation extraordinaire. La jeune Dakota Fanning fait montre d'un réel talent et plus tard dans l'histoire, l'hallucinant Tim Robbins imprégné par le rôle d'Ogilvy ajoute sa folie à une atmosphère claustrophobe. Sans oublier les clins d'œil comme les apparitions de Gene Barry et Ann Robinson (héros de la version 1953).

Steven Spielberg déploie son génie de cinéaste dans des scènes déjà classiques : on pense à celle de la voiture entourée par des gens désespérés s'agglutinant aux vitres comme des zombies, la séquence poignante du ferry ou encore celle où Ray veut empêcher son fils de rejoindre l'armée. Certains plans évoquent Jurassic Park : la sonde dans la cave ou l'œil géant émergeant des flammes alors que Ray court. Les effets numériques servent à merveille le propos et permettent à l'auteur de brosser des tableaux apocalyptiques où les tripodes agitent leurs tentacules pour dévorer l'humanité tels des cyclopes assoiffés de sang.

On pardonnera au scénario ses quelques incohérences et l'allure générale des envahisseurs qui donne une sensation de déjà-vu. Le parti pris de l'auteur est de focaliser sur le drame humain au détriment du côté spectaculaire, il livre ainsi une œuvre sombre et pessimiste sur l'homme. En de nombreux points, La Guerre des mondes se révèle être l'anti-thèse de Rencontres du 3ème type.



Publiée avec l'aimable autorisation de la rédaction des Héros de l'Ecran 
Auteur :Fabien Rousseau
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