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La Guerre des Mondes : Respect Steven !

Après des mois d'attente, le nouveau film de Steven Spielberg sort enfin sur les écrans avec les promesses d'une oeuvre à la fois ambitieuse et spectaculaire. Mais plus qu'un énième film à effets spéciaux La guerre des mondes version 2005 est-elle la relecture réussie du classique de H.G Wells ?

Sur un sujet terrifiant (des extraterrestres cherchent à anéantir l'humanité) le metteur en scène d'E.T a-t-il su garder sa liberté artistique ou a-t-il simplement délivré un pop corn movie de plus ? Mélange subtile de film catastrophe et de science fiction pure et dure, War of the worlds selon Spielberg est un cocktail détonnant d'action monumentale et de drame intimiste. Pourtant, le pari était loin d'être gagné tant Hollywood s'est souvent cassé les dents à représenter l'apocalypse sur grand écran et c'est bien là le vrai sujet du roman de Wells. La faute en incombe presque toujours à des réalisateurs immatures qui cherchent juste à illustrer la fin du monde de la façon la plus spectaculaire possible. Que ce soit Roland Emmerich avec son pathétique Independance day ou Michael Bay avec l'assommant Armageddon, la représentation de la fin du monde a souvent accouché de blockbusters boursouflés et prétentieux, bourrés d'effets spéciaux numériques tapes à l'oeil et de personnages ridicules tout droit sortis de films catastrophes des années 70 message patriotique à l'appui.

Heureusement, Steven Spielberg n'a rien d'un Michael Bay ou d'un Roland Emmerich. A la tête du film le plus cher de l'histoire du cinéma (200 millions de dollars) le créateur du génial E.T ou de Rencontre du troisième type boucle sa trilogie sur les extraterrestres avec un brio qui force le respect. A des années lumières de l'apocalypse aseptisée d'Independance day, il donne à voir des personnages humains et attachants dans un périple crédible qui ménera les protagonistes aux confins de la peur. Toute la force de La guerre des mondes réside dans sa focalisation. Ici, pas de discours présidentiels ou de monuments historiques pulvérisés, on suit le parcours d'une famille divisée qui devra rester unie dans un contexte de crise et de panique.

Jamais, Spielberg et son scénariste David Koepp ne sortiront de ce parti pris couillu quitte à priver le spectateur d'une scène spectaculaire au pied d'une colline alors que l'armée américaine tente de riposter à l'attaque alien. Encore une fois, le réalisateur démontre sa virtuosité dans des séquences non seulement époustouflantes d'un point de vue visuel mais tétanisantes par leur intensité dramatique. Autant on se contrefichait des personnages stériles d'Independance day, autant on s'accroche ici à son fauteuil devant les attaques alien d'une violence et d'une cruauté tétanisante.

Encore mieux : au patriotisme facile et à la glorification héroïque attendue, le duo Spielberg-Koepp a préféré substituer une critique assez pertinente d'une Amérique malade de son auto défense et de son égoïsme. Une vraie bonne surprise dans une production de cette dimension. Corps pulvérisés, rivière charriant des centaines de cadavres, Tom Cruise recouvert des cendres de ses voisins, voilà l'apocalypse selon Steven Spielberg qui signe un film aussi spectaculaire que personnel en réinjectant son style si particulier fait du réalisme à la Il faut sauver le soldat Ryan en passant par un sens du merveilleux éprouvé.

Grâce à des acteurs criant de vérité, une réalisation à tomber à la renverse (guettez le plan séquence de la voiture fuyant sur l'autoroute) et une intensité dramatique hallucinante, La guerre des mondes ridiculise les films catastrophes de ces trente dernières années.

A la fois film d'auteur, drame intimiste, blockbuster dévastateur, on peut lire le dernier Spielberg à tous les niveaux.
Auteur :Frédérick Lanoy
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