7 décembre 2021
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La Guerre est déclarée : Critique

Le titre du film nous parle d'une guerre, mais ce sont deux visages épanouis, riant aux éclats, que nous voyons sur l'affiche. Paradoxal ? Après avoir vu "La Guerre est déclarée", second long-métrage de Valérie Donzelli après "La Reine des pommes", et qui fut présenté en ouverture de la Semaine de la critique au dernier Festival de Cannes, on se dit que non, il n'y a là aucun paradoxe, tant le film se veut l'illustration parfaite d'un optimisme victorieux, rendu plus éclatant encore pas les épreuves traversées par les personnages. Une déclaration d'amour à la vie, en forme de film, voilà ce que nous offre Valérie Donzelli.

Juliette (Valérie Donzelli) et Roméo (Jérémie Elkhaïm) se rencontrent. Juliette et Roméo s'aiment. Juliette et Roméo donnent naissance à un petit garçon, Adam. Le bonheur de la petite famille serait total si la santé d'Adam ne devenait préoccupante. L'inquiétude des parents grandit, et le diagnostic tombe : Adam est atteint d'une tumeur au cerveau. La guerre contre la maladie est alors déclarée ! Sur un sujet aussi grave, on pourrait s'attendre à un film triste, plombant. Mais les visages rayonnants des parents, sur l'affiche, sont là pour nous rappeler que le film est profondément ancré dans la vie, dans le courage, dans l'espoir, dans un combat dont il apparaît clairement que l'issue heureuse découle directement du comportement positif et volontaire des parents d'Adam. Car, dès le départ, ils se considèrent comme des soldats de la guérison de leur fils. En économisant leurs forces, en ne retenant que le positif du discours des médecins, en prenant aussi du temps pour eux, pour leur vie et leur couple. Conditions indispensables pour réussir à sa battre pendant de longues années.

La mise en scène met en évidence cette organisation quasi militaire : accumulation de la même scène de visite à l'hôpital, ancrée dans un rituel, une répétition des mêmes gestes, jour après jour, avec rigueur mais néanmoins légèreté (évidente dans les sourires et l'acceptation du couple, notamment) ; scène de transmission des informations et consignes données par les médecins au couple, puis par le couple au reste de la famille, avec cette phrase, comme un leitmotiv, « Vous entrez dans une nouvelle ère. Il va falloir être solides ». Sans oublier l'entraînement physique, et les soirées entre amis, vécues comme autant de permissions. Oui, vraiment, ce combat contre la maladie est une guerre. Mais, ici, point d'artillerie lourde, point de grosses ficelles. On a l'impression que Valérie Donzelli filme avec son cœur. Ce qui est finalement tout à fait logique étant donné que l'histoire ici racontée est une version fictionnée de l'épreuve qu'elle a réellement vécue avec Jérémie Elkhaï, qui était alors son compagnon. Ce qui frappe, c'est la spontanéité, la fraîcheur avec lesquelles elle met en scène cette histoire. Elle parsème le film de petites touches impressionnistes, de petits médaillons pop, stylisés, mais qui pourtant sont tout sauf arty, à l'instar de cette course épileptique dans les couloirs de l'hôpital, juste après l'annonce de la tumeur. Le film est ainsi parcouru de fulgurances décalées, comme cette fermeture à l'iris, ces zooms sur un objet ou sur un visage, cette chanson qui réunit à l'image les deux amants séparés physiquement.

Un autre décalage qui contribue à apporter au film un ton suranné assez irrésistible est cette voix off semblant tout droit sortir d'un film de François Truffaut. Sur un ton très calme et posé, pour le coup presque clinique, alors que le reste du film n'est composé que de touches très personnelles, cette voix nous raconte les états d'âme de Juliette, de Roméo et de leur famille, conférant aux événements des allures de récit historique qui colle parfaitement à la tonalité guerrière et combattive de l'histoire. On se laisse ainsi emporter par la multitude de sensations qui émaillent le film. Et finalement, tout ce qui compte, c'est que "La Guerre est déclarée" nous procure autant d'émotions. On rit, on pleure, on s'émeut, on se révolte, et le film nous lâche la main sur le rivage, au terme d'un superbe final au ralenti, nous laissant à la fois bouleversés et apaisés. La guerre fut éprouvante, mais la vie a gagné.

Auteure :Audrey Jeamart Tous nos contenus sur "La Guerre est déclarée" Toutes les critiques de "Audrey Jeamart"

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