Critiques

La La Land : La belle & Sebastian

Depuis plusieurs semaines, "La La Land" semble suivre une voie pavée d'or. Alors qu'il continue à remplir les salles outre-Atlantique et après se l'être joué Vaillant Petit Tailleur lors des derniers Goldes Globes au début du mois en ramenant sept statuettes d'un coup, ses quatorze nominations aux prochains Oscars tombent à point nommé car annoncées le jour de sa sortie au pays des frères Lumière. Evidemment, sous le poids écrasant d'un tel enthousiasme médiatique, l'hostilité peut facilement bourgeonner chez ceux qui n'ont pas encore vu le film et finir par se présenter soit par une petite pointe de déception dans le meilleur des cas, soit par un rejet complet dans la pire des éventualités.

Autant évacuer tout de suite les problèmes mineurs de la dernière réalisation de Damien Chazelle : la trame scénaristique suit un déroulé trop bien huilé - tout en offrant quelques éléments moins simples qui viennent apporter un peu plus d'épaisseur dramatique à cette comédie musicale qui dépasse le titre un peu béat d'"hymne à la joie" fièrement arboré sur les bus de votre ville mais on y reviendra plus bas - et la proposition de cinéma du réalisateur de "Whiplash" réduit sa portée en s'enfermant un peu trop dans le cadre de l'hommage aux comédies musicales de la tendre époque du Technicolor.

A part ça, "La La Land" est plus que satisfaisant. Bien sûr, l'alchimie entre Emma Stone et Ryan Gosling est indéniable mais elle est d'autant plus à mettre en valeur que sa solidité est telle qu'elle compense allègrement une histoire qui manque souvent d'originalité au point de sembler avoir été en premier lieu conçue comme un support pour justifier l'existence d'un hommage appuyé à un certain cinéma idolâtré par le metteur en scène avant de pouvoir réellement exister par elle-même. Le lien qui se crée entre Mia et Sebastian aurait pu sur le papier manquer de consistance mais les acteurs donnent corps de très belle manière à l'histoire qu'ils partagent.

Là où il est difficile de nuancer ce que propose le grand favori des cérémonies de récompenses actuelles, c'est sur son offre visuelle et sonore : entre musiques entêtantes, chorégraphies aussi entraînantes que variées, couleurs chatoyantes et mise en scène énergique, on sent que l'équipe du film s'est donnée à fond pour régaler les mirettes et les oreilles d'un spectacle très enthousiasmant.

Enfin, au lieu de faire se dérouler son plan sans accroc et d'offrir une issue trop belle pour être vraie à chaque adversité rencontrée par ses protagonistes, "La La Land" met à l'épreuve la passion de chacun d'eux non seulement par le biais de l'environnement artistique dans lequel ils doivent se fondre mais aussi par ce qu'elle implique pour leur relation. Traitant avec maturité des compromis que chacun doit faire pour surmonter les exigences du monde réel sans devoir totalement abandonner ses rêves, la comédie musicale dont les responsables de la communication semblent ne pas se lasser de nous la présenter comme une parenthèse enchantée se permet même de faire un pied de nez à un déroulement trop parfait au cours d'un fantasme génial.

Même si il a tendance à trop appuyer sa dimension référentielle, "La La Land" est un régal pour les yeux et les oreilles en plus de réussir par moments à dépasser un déroulement cousu de fil blanc grâce à ses interprètes et finit même par prendre complètement à revers le conte de fées un peu nunuche qu'il aurait pu devenir.
Auteur :Rayane Mezioud
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