28 octobre 2021
Critiques

La Marche : Touchant

La résistance est un acte tellement difficile à réaliser que l'Histoire n'a jamais cessé de mettre en avant les individus qui ont osé l'assumer. Dans les années quatre-vingt, le Front National vient de remporter un premier succès et les crimes xénophobes s'enchainent. La plus jeune victime n'avait pas dix ans. Alors, pour l'égalité et contre le racisme, ils étaient une trentaine au départ de Marseille, fiers et droits, prêts à marcher pacifiquement à la rencontre des autres. Une seule personne les accueillait à Salon-de-Provence. Ils étaient plusieurs milliers deux mois plus tard à Paris.

Cette marche, c'est le sujet librement adapté par Nabil Ben Yadir, à retrouver sur nos écrans en cette fin du mois de novembre. L'année quatre-vingt trois… une année qui semble aujourd'hui à la fois si proche et si loin… Il faut dire que trente ans après, la France, bercée actuellement par la libération de la parole raciste, ne semble toujours pas être la patrie de la tolérance qu'elle prétend.

Pour tourner "La Marche" (distribué par EuropaCorp), le réalisateur a choisi la pellicule 35 mm et non le numérique pour mieux nous immerger dans cette conquête intense et alterne soigneusement avec quelques images d'archives. On parvient sans mal à se plonger dans l'époque, et en ressentir l'ambiance. Et alors que d'autres films voulus historiques, à l'instar de "La Rafle", s'étaient échoués lamentablement en mélodrames pesants, il faut avouer que "La Marche" est une vraie réussite.

L'histoire de "La Marche" est violente et poignante et l'on peut clairement sentir un investissement de la part de toute l'équipe pour nous la raconter. Cette histoire, cela n'est pas seulement celle d'une France hostile envers les magrébins. Grâce à la fiction, le réalisateur va plus loin, et aborde d'autres questions telles l'homosexualité ou le viol. Et bien que l'on puisse trouver au début les présences de Jamel Debbouze et Charlotte Lebon peu judicieuses, elles se révèlent en définitive entièrement nécessaires. La québécoise, peu convaincante jusqu'alors dans "La Stratégie de la Poussette" ou "L'Ecume des Jours", fait ici preuve d'un beau talent. Tout comme Tewfik Jallad ou encore Hafsia Herzi, dotés d'un naturel déconcertant. Le tout est brillamment complété par une bande-originale appréciable et non négligée, contrairement à celles travaillées dans la plupart des films français.

En définitive, "La Marche" est un film entre rire et drame qui ne part jamais sur les routes du pathos. Un long métrage touchant, nous prenant aux tripes, avec juste la pointe d'humour nécessaire et suffisante pour le rendre attachant. Une réalisation consistante, un vrai film d'amour nous délivrant des valeurs de solidarité, de fraternité et d'amitié, qui tendent aujourd'hui à être oubliées. Un vrai miroir de notre société par un cinéaste prometteur, qui se veut ici rassembleur.

« Le monde est ainsi. L'histoire est ainsi. La justice n'est pas un acquis, elle est le fruit de la révolte. Lève-toi et bats-toi. Danse justement, parle justement, ne te tais pas, ne doute pas, avance, avance, sois la promesse d'un futur plus juste, et que nos pas, hier hésitants, accompagnent aujourd'hui un destin. En marche ! »

Auteure :Lucie PassardTous nos contenus sur "La Marche" Toutes les critiques de "Lucie Passard"

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