6 décembre 2019
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La Mauvaise Education : La critique du film

Pedro Almodovar est de retour avec "La Mauvaise Éducation" !

Après un très grand mélodrame ("Tout sur ma mère") et ce qu'il convient d¹appeler, tous mots bien pesés, un authentique chef d'oeuvre ("Parle avec elle"), Pedro Almodovar semble revenir pour la première fois, depuis le virage amorcé avec" La fleur de mon secret", à l'outrance expressive qui fut sa marque de fabrique.

Mais si "La Mauvaise Éducation", ce nouvel opus, regorge de couleurs, de travestis de cabaret, et de formes narratives débridées, la dominante est très noire et la tonalité, plutôt grave.

C'est que le cinéaste espagnol s'attaque à un sujet de taille et de poids : l'ensemble du film tourne autour de la façon dont l'identité se construit, se détruit, se rêve, se fantasme ou se voit marquée à jamais par un traumatisme, en l'occurrence un abus sexuel commis par un professeur de lettres ecclésiastique.

C'est autour de cette blessure fondatrice que tournent les souvenirs, la vie, les fantasmes, les mensonges, et les projets des deux hommes au coeur de "La Mauvaise Éducation". Car l'une des surprises du film est ici : il s¹agit d'un film "d'hommes" (pas ou très peu de personnages féminins, de mémoire une première chez Almodovar).

D'un point de vue stylistique, cet univers masculin (aux racines en partie autobiographiques) lui réussit particulièrement : la plupart des plans de "La Mauvaise Éducation" sont d'une beauté à couper le souffle, les audaces formelles que s'autorise le cinéaste sont parfois vertigineuses et il s'y entend toujours autant pour mêler malaise et émotion dans la gorge du spectateur.

Toutefois, à mi-chemin, tout semble se passer comme si Almodovar se prenait au piège de sa propre virtuosité : au sommet de son art, le metteur en scène se permet tant de multiplications des pistes thématiques, de chausse-trappes et autres qu'il finit par perdre un peu son spectateur (qui reste néanmoins fasciné).

Plus grave encore, Almodovar finit par noyer les aspects les plus personnels de son film, et avec eux finalement l'émotion. Il en ressort une sensation étrange (après tant de brio) d'inabouti.

Peut-être que "La Mauvaise Éducation" nécessitera de nombreuses visions avant de se donner vraiment (hypothèse optimiste). Certainement, surtout, qu'il est difficile pour un film de suivre dans la filmographie de son auteur une oeuvre immense comme "Parle avec elle".

Reste que "La Mauvaise Éducation", en plus de constituer une ouverture cannoise bien plus digne que "Fanfan la tulipe" (facile !), mérite toute l'attention des aficionados d'Almodovar comme des autres : un film parfois passionnant, difficile à aimer pleinement, un faux retour aux sources en même temps qu¹un nouveau virage, une forme de déception qu¹on voudrait tout de même applaudir...

Un cauchemar de critique !

Auteur :Rémi Boîteux

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