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La Mauvaise Education : La passion selon Almodovar

A l'instar de son compatriote Luis Bunuel, Pedro Almodovar est un constructeur. Les derniers films du cinéaste madrilène nous avait prouvé qu'il était devenu un maître dans l'art de la narration débridée et audacieuse. La mauvaise éducation ne fait pas exception à la règle, mieux, avec ce nouvel opus, Almodovar va encore plus loin et nous offre un film jubilatoire dans sa construction malgré la noirceur du propos.

Raconter "La mauvaise éducation" relèverait de la bêtise pure. Cela priverait le spectateur des multiples surprises, de l'émotion grandissante que réserve le film. Disons simplement qu'Almodovar, à partir de trois personnages (deux élèves et un directeur de collège), va multiplier les couches fictives comme il en a le secret, usant du principe des « films dans le film ».

Réaliser par un cinéaste lambda, l'entreprise pourrait devenir un ennuyeux exercice de style, désincarné et froid. Mais Almodovar, comme dans un tout autre registre De Palma, est un cinéaste physique et cérébral, d'où peut-être son succès auprès de la critique et du grand public.



Almodovar est un cinéaste de l'émotion pure (visuelle et auditive), utilisant toutes les ressources du romanesque, passant de l'outrance démesurée à la sobriété la plus touchante. Dans La mauvaise éducation, on retrouve tous les thèmes chers au cinéaste (l'homosexualité, le travestisme, l'identité, l'art comme nécessité vitale…). Il serait vain de lui faire un procès concernant sa vision de l'église catholique.

Almodovar juge l'homme (un prêtre pédophile) pas l'institution. Tour à tour mélo, comédie musicale, film noir (clin d'œil à La bête humaine de Renoir et Thérèse Raquin de Carné…), Almodovar navigue brillamment entre les genres avec pour fil conducteur le poids de l'enfance. Comment échapper à son passé, comment guérir l'inguérissable ? Un seul mot, la passion. Celle du cinéma pour Enrique, celle de l'écriture pour Ignacio.

Ce mot (Passion) finit par s'étaler en lettres énormes sur l'écran à la fin du film. Souffrances et humiliations mais continuer, comme Almodovar (est-ce son film le plus autobiographique ?), à réaliser des films avec passion.

Au-delà d'un film sur les pouvoirs de l'imagination (la construction du récit le prouve), Almodovar confère à "La mauvaise éducation" une noirceur inhabituelle, (déjà présente certes depuis "La fleur de mon secret" jusqu'à "Parle avec elle", son chef-d'oeuvre) malgré les éclats de fantaisies et de vies parsemés tout au long de ce nouvel opus passionnant et âpre.

Auteur :Christophe Roussel

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