21 octobre 2019
Critiques

La Momie : L’amour par-delà la mort

Monstrueusement satisfait des résultats de DRACULA et FRANKENSTEIN, Carl Laemmle Jr. songe déjà à un nouvel opus horrifique. L'affaire de la Malédiction de Toutânkhamon, qui toucha l'équipe de l'archéologue Howard Carter après l'ouverture du tombeau égyptien en 1922 lui souffle une idée qui donnera LA MOMIE en 1932. S'inspirant lointainement de L'Anneau de Toth de Sir Arthur Conan Doyle et du Joyau des Sept Étoiles de Bram Stoker, John L. Balderston brode l'histoire de la résurrection du prêtre Imhotep, embaumé vivant pour avoir tenté de ramener à la vie sa maîtresse, la princesse Ankh-es-en-amon, et sa quête pour retrouver la réincarnation de son amour perdu.

Le scénario de Balderston traite aussi d'un certain aspect colonialiste de l'archéologie contemporaine, notant la volonté d'appropriation des scientifiques occidentaux vis-à-vis des découvertes, au détriment du respect qui leur est dû. C'est la profanation du tombeau et la lecture d'un parchemin sacré, pris à la légère par les esprits cartésiens, qui mènent aux évènements horrifiques.

Karl Freund, chef opérateur et directeur de la photographie de Tod Browning sur DRACULA se voit offrir avec LA MOMIE son premier poste en tant que réalisateur aux États-Unis. Il met ainsi ses propres recettes déjà éprouvées au service d'une mise en scène fluide et dynamique qui contraste avec les plans statiques du film de Browning. Reste cependant que les films ont en commun un thème central, celui de l'existence au-delà du voile de la mort, la momie comme le vampire, traversant les siècles et recouvrant une apparence humaine pour poursuivre de ses assiduités l'infortunée élue qui partagerait sa nuit éternelle.

Acteur phare du genre depuis FRANKENSTEIN, Boris Karloff hérite du rôle-titre et du maquillage qui va avec, une création stupéfiante de Jack Pierce qui nécessitait près d'une journée d'application. Débutant sa journée de tournage à 11h, Karloff se pliait patiemment à la séance de maquillage jusqu'à 19h, avant de tourner ses scènes jusqu'à 2h du matin ! Les quelques minutes d'apparition de l'acteur sous ce maquillage imposant (il arbore par la suite une apparence plus humaine) constitueront l'une des plus grandes réussites du cinéma fantastique hollywoodien.

Le reste du casting regroupe certains des acteurs des deux précédents films, à savoir David Manners et Edward Von Sloan (respectivement Jonathan Harker et Abraham Van Helsing dans DRACULA), mais c'est la présence de Zita Johann qui illumine le récit. Dans le double rôle d'Ankh-es-en-amon et d'Helen, son sosie à l'époque contemporaine, l'actrice, convaincue elle-même de la réalité d'une forme d'existence après la mort,  incarne comme en transe l'objet inatteignable des amours millénaires d'Imhotep.

D'une poésie qui, à l'instar de la légende qu'il raconte, reste imperméable au passage du temps, indémodable, intemporel, LA MOMIE se découvre aujourd'hui comme le modèle unique et magistral d'une grande partie des films fantastiques tels qu'ils sont encore conçu aujourd'hui, près de 90 ans plus tard ; C'est ce qui s'appelle faire école !
Auteur :Gabriel Carton
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