19 septembre 2021
Critiques

La Nuée : Une expérience sidérante

Par Mickaël Vrignaud

Et si… Et s'il se passait enfin quelque chose au cinéma dans ce pays ? Et si on avait enfin des idées, de l’imagination, de la créativité, de la personnalité et… oh allez, soyons-fous, de l’ambition. Il suffit de regarder la programmation « été 2021 » à venir pour sentir la chaleur de l’éclaircie : une comédie épique sur la geste « Arthurienne », un nouveau Ducournau, un film de loups-garous, un film d’horreur en eaux profondes et ici… Un thriller horrifique sur fond de souffrance paysanne et de sauterelles carnivores. C’est de celui-là dont on va parler ici : Just Philippot s’impose en force avec "La Nuée" dans l’élan de ce renouveau en signant une expérience marquante, visuellement dingue, référencée et d’une finesse rare.

La France, toujours, ses champs verdoyants, ses clochers, ses belles maisons de campagne pleines de draps blancs pendus à des fils. On vit de la Terre, le goût des choses simples, la vie, la vraie. Ah et, aussi, ses paysans qui crèvent de faim, harassés par la tâche, saignés à blanc par une surproduction massive et la concurrence toujours plus violente des hypermarchés et des centrales d’achat. Virginie est de ceux-là, avec dans son cas l’utopie de vivre confortablement d’une agriculture pour le moins obscure : l’élevage et la vente d’énormes sauterelles comestibles.

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Suliane Brahim - Copyright The Jokers
Chaque jour, elle arpente péniblement les murs plastifiés de sa serre pour ramasser les quelques sauterelles pas encore mortes pour les cuire et en faire de la farine ou de la nourriture pour bétail. Mais le business patine terriblement, car les sauterelles ne se reproduisent pas et peinent à se développer convenablement. Jusqu’au jour où, par accident, Virginie donne à ses insectes un aliment qui va rebooster son activité à vitesse grand V : son propre sang.

Tout est sidérant dans "La Nuée" : la partie horrifique est superbe dans sa manière sobre d’amener ses tableaux insoutenables ; le bruit de l’impact des bestioles sur un carreau nous hante longtemps après être sorti de la salle. Les acteurs sont superbes : Virginie (magnifique Suliane Brahim) est habitée de cette même énergie du désespoir qui animait Pierre, autre agriculteur de cinéma interprété par Swann Arlaud dans "Petit Paysan", celle des récoltants à bout de tout : de nerfs, d’énergie et d’espoir.

Côté décor : une France inquiétante qu’on ne sait pas situer, une campagne comme toutes les campagnes, avec des sales gueules, des vieux avec leur chien, des voisins sympathiques trop rares auxquels on se raccroche et des endroits perdus, des routes de nuit. Une France de cauchemar, celle des "Revenants", des "Fauves" ou de "L’Heure de la Sortie".

Et si, finalement le renouveau de notre cinéma de genre passait par là ? Et si on avait essayé, pendant vingt ans, d’aller chercher outre-Atlantique quelque chose qui était là, sous notre fenêtre ? Sans doute. En tout cas, profitons-en : "La Nuée" est un chef-d’œuvre !

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