21 octobre 2019
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La Nuit nous appartient : We Own The Night !

La nuit nous appartient (We own the night) : c'est ce qu'on peut lire sur l'écusson qui orne les uniformes de la police new yorkaise. En vérité, le seul et unique homme à qui la nuit appartient, c'est James Gray, metteur en scène rare et précieux dont les drames polardeux mêlent sans cesse le sang et les larmes.

Trois films en 12 ans, trois façons différentes (mais un peu cousines quand même) de filmer la nuit, d'utiliser l'obscurité comme un théâtre à ciel pas si ouvert.

Les films de Gray devraient être projetés aux achluophobes (les gens qui ont peur du noir, bande d'ignares) : après ça, on n'a plus jamais envie que la lumière revienne, que le soleil refasse surface.

C'est peut-être le premier défaut de Gray, et en particulier celui de "La nuit nous appartient" : le jour y est beaucoup moins bien filmé que la nuit. Non pas que les séquences diurnes soient spécialement moches (au contraire), mais elles sont immédiatement moins magiques que les autres.

Si "La nuit nous appartient" se distingue par rapport à "Little Odessa" ou "The Yards", c'est par les micro accidents qui émaillent le récit. On se croit parti pour une banale affaire de duel entre frères, du genre "gentil flic contre vilain patron de boîte", et puis pas du tout.

Sans faire de son film un monument de suspense, Gray parvient à le rendre assez haletant. Petit exploit puisqu'il arrive en même temps à ménager une ambiance baroque et un faux rythme fait de longues plages d'attente et de brusques montées en puissance.

Lorsqu'il accélère le tempo, Gray se fait grand, livrant par exemple une poursuite automobile sous la pluie absolument vertigineuse, la plus belle qu'on ait vu depuis... depuis... depuis.

"La nuit nous appartient" est donc un très beau film, et c'est difficilement contestable. On est cependant en droit de le trouver un brin moins bon que les deux précédents.

Parce que la tragédie mise en place n'atteint pas tout à fait les sommets escomptés. Parce que le très joli casting est littéralement écrabouillé par l'abattage d'un seul et unique énergumène, monsieur Joaquin Phoenix, qui effectue une démonstration de puissance, de fragilité et de pur talent.

Et parce qu'on s'est sans doute un peu habitué au style Gray, d'une remarquable constance qui deviendrait presque de la routine. Il est vrai que, question routine, on a déjà vu moins agréable.

Auteur :Thomas Messias
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