20 juillet 2019
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La Passion du Christ : La critique du film

"La Passion du Christ", ou la représentation somme toute fidèle au Livre des douze dernières heures du christ, vue par Mel Gibson. Et s'il est une chose que l'on peut reconnaître à l'auteur du déjà sanguinolent "Braveheart", couronné par l'oscar du meilleur réalisateur, c'est qu'il est effectivement un fidèle, c'est-à-dire un homme de foi. Trop, diront certains.

Sauvé de l'alcool justement par la foi, le réalisateur australien signe une reconstitution ultra violente de la Passion, qui effraiera, enchantera, ou laissera indifférent le spectateur selon ses convictions ou sa capacité à affronter ce spectacle.

Trahi par Judas, Jésus est capturé sur le mont des Oliviers par des soldats juifs. Jésus, qui s'annonce comme le messie qui détruira le Temple pour le reconstruire, est conduit devant les Pharisiens qui crient au blasphème. Pierre, son disciple, le renie. Et ces Pharisiens, dont certains dénoncent un simulacre de procès, décident de mener Jésus devant le gouverneur romain de la Palestine, Ponce Pilate.

Par intérêt politique et personnel, Ponce Pilate désigne Hérode puis le peuple pour décider du verdict. Après un sévère châtiment, véritable lynchage de la part de soldats romains, Jésus est condamné à porter sa croix dans les rues de Jérusalem pour être crucifié au sommet du mont Golgotha, devant Marie et Marie-Madeleine.

Gibson, nous voulons le croire, a voulu mettre en exergue de façon, sinon réaliste, en tout cas très crue, le sacrifice et la souffrance endurés par Jésus. Rappelons qu'étymologiquement, la passion signifie la souffrance.

Dès lors, le parti pris de montrer le rachat de tous les péchés par un sacrifice hautement symbolique justifie qu'il montre la souffrance et la violence qui va de pair, même si l'on laissera à chacun le soin de juger l'opportunité d'un tel degré de violence.

Jésus, profondément marqué par sa mission, affiche une volonté indéfectible de servir son Père, à qui il répète : « Je suis prêt », devant les épreuves à venir. Le sacrifice n'est pas en doute même si le doute effleure Jésus, en proie à toutes les souffrances, lorsqu'il se demande s'il a été abandonné.

Même face à Ponce Pilate, Jésus, détenteur de la vérité, ne fléchit pas et pourrait paraître finalement aux non croyants, au vu de ses affirmations péremptoires (mais c'est le propre du messie), comme dépourvu d'humilité et de sagesse. Au contraire d'un Ponce Pilate, rempli de doutes, sage mais lâche, qui se demande : « Qu'est-ce que la vérité ? ».

C'est pourtant plein d'humilité que Jésus pardonne et demande incessamment au seigneur de leur pardonner « car ils ne savent pas ». Jésus promet le paradis à son compagnon crucifié qui, masochiste, affirme mériter la croix - mais quel homme mériterait une telle sentence ?

Et surtout, Jésus délivre ses messages d'amour : « Aimez-vous ! les uns les autres », « Aimez vos ennemis ». Il semble bien qu'en religion, terre de contradiction, les actes d'amour et de mort soient soumis à l'interprétation (les « tu ne tueras point » n'ont jamais empêché la barbarie et les tueries au nom de dieu, La Bible étant assez violente elle-même). Car c'est bien souvent l'interprétation qui est à l'origine des conflits.

Pourquoi tant de passion autour de la Passion, se demande-t-on ? Les mauvais signes, certainement : qu'un pays comme l'Italie, terre d'Eglise et royaume de la censure catholique, n'émette aucune interdiction aux moins de 12 ans (déjà clémente vu la violence) révèle bien une certaine bénédiction de la part des chrétiens, qui se ruent pour voir "La passion du Christ" à travers le monde. Lorsqu'on connaît le nombre de chefs d'ouvres dénigrés par la morale chrétienne, on est en droit d'avoir des craintes.

De plus, Caviezel est reçu et béni par le pape Jean-Paul II qui ne se prononce pas officiellement mais réitère ses amitiés au peuple juif, dont de nombreuses voix s'opposent à cette représentation. Heureusement, les positions sur cette question demeurent officiellement claires depuis le concile Vatican II, dans lequel toute faute juive concernant le christ est totalement rejetée.

L'amour et l'entente apaisent ainsi, de manière officielle, ces doutes qui n'ont pas lieu d'être. Alors, certes, le nom de Gibson est sérieusement entaché de soupçons. Le père de Mel Gibson, en pleine polémique, tenant encore des propos révisionnistes. Mel Gibson est lui-même un catholique traditionaliste. Et il ne serait pas étonnant que les messes auxquelles Gibson et Caviezel assistaient avant chaque jour de tournage eussent été célébrées en latin.

Signalons au passage l'excellente idée de tourner "La Passion du Christ" en araméen et en latin (à moins que l'intention ne soit hautement puritaine) : cela nous a permis d'éviter des phrases qui choquent l'oreille du type : « it's not your business », entendue dans l'excellent film de Scorcese, "La dernière tentation du Christ" (probablement honni par les spectateurs de "La Passion".)

Il est vrai que l'on sent presque (mais c'est un agnostique qui parle) quelque chose qui tient de la secte, de l'illumination, de la superstition, en tout cas de l'adoration dans l'évocation de Gibson. On sent l'adepte de l'apocalypse s'adonnant au jeu des symboles, à travers notamment le surnaturel (ou spirituel si l'on veut) : Judas, la honte sur le dos, a des hallucinations et voit des monstres; la larme de Dieu s'abat sur terre, la faisant trembler et se fendre (avec un effet spécial digne des années 40); Jésus écrase impitoyablement le serpent de Satan, créature androgyne fantomatique, etc. Sans compter les fantasmes du fervent catholique Mel Gibson devant les miracles et le suaire.

A noter dans les incongruités du film, le problème récurrent de la couleur de la peau. En dépit de la logique, Jésus le Galiléen continue, tout comme Marie et ses condisciples, d'apparaître le teint clair, voire un peu mat, en tout cas avec la peau blanche.

Mais le grand moment comique de "La Passion du Christ" arrive lorsque Jésus devient, au détour d'un des nombreux flash-back sur sa vie, l'inventeur de la table moderne, où l'on s'assoie sur de grandes chaises telles que nous les connaissons (il mime à Marie comment se mettre autour de la table).

Ceci dit, "La Passion du Christ", même s'il abuse des ralentis, est formellement très réussi, de même que l'interprétation. Jim Caviezel (dont le nom rappelle le prophète Ezechiel), 33 ans au début du tournage, pratiquant accompli, incarne avec une incroyable intensité Jésus de Nazareth (on serait même tenté d'y voir une réelle identification).

Un Jésus qui n'aura jamais été autant marqué par les plis de la cruauté et de la violen! ce, et dont la chair et le sang giclant laisseront une large trace dans les esprits. Une des scènes les plus marquantes du film étant celle du lynchage par les soldats romains.

Et c'est certainement la violence qui, au-delà des convictions profondes, interpellera le spectateur. Certes, les juifs sont montrés comme des bêtes assoiffées de punition envers le christ, mais les romains ne sont pas moins sauvages, au contraire (ces mêmes romains pas moins cruels une fois christianisés, ce qui renvoie la cruauté de l'homme non à sa foi en un dogme mais à sa propre condition d'être humain).

C'est pourquoi "La Passion du Christ", comme le pense le distributeur Tarak ben Ammar, s'engage dans le combat contre la violence. On peut y voir une réflexion puissante sur la violence, l'intolérance et l'intégrisme, toute comme une critique féroce de la bête humaine, plutôt que des significations et implications théologiques complexes et inextricables, vouées à une interprétation éternellement imparfaite.

Oui, "La Passion du Christ" est un film ultra violent, et semble-t-il très réaliste, même si personne n'est en mesure de le démontrer. La violence n'est pas gratuite si elle est réaliste, si elle dénonce l'animalité cachée (pas tant que ça) de l'homme. Espérons prudemment qu'elle n'est pas gratuite, c'est-à-dire intéressée, dans le cas précis où les auteurs de ce film voudraient enfoncer le clou de l'antisémitisme. Espérons que le message est bien celui de l'amour, contre la haine et la violence.

Pourquoi la haine, la bêtise bestiale et l'intolérance, ou les simples querelles survivent-elles à propos des questions religieuses ? Peut-on estimer, respecter les âmes puériles qui se battent pour un même dieu ?

En un temps troublé par d'incessants conflits qui de quelque nature qu'ils soient, religieux, ethniques, économiques, territoriaux, dressent les hommes entre eux, et où la menace de voir ces hommes, ces voisins, ces frères, ne plus pouvoir revenir en arrière, obnubilés par la vengeance et la haine, il est bon d'offrir une réflexion de paix, même si le pire de l'homme doit être montré.

Auteur :Alessandro Di Giuseppe
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