8 décembre 2019
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La Petite Lili : Inégal et longuet

Librement adaptée de La Mouette de Tchekhov, Miller nous offre, avec "La Petite Lili", passé inaperçu à Cannes, une réflexion sur le cinéma.

Il est un danger inhérent aux œuvres qui se veulent réflexions de l'Art sur l'Art, c'est celui de sombrer très vite dans un discours nombriliste, théoricien, et dénué de «spontanéité». Miller évite en partie ce travers avec  "La Petite Lili"

Brice, qu'on sent bien cinéaste parisien héritier de la nouvelle vague (et donc devenu aussi pantouflard dans son approche du cinéma que les tenants de la qualité française qu'il devait mépriser à ses débuts), et le jeune Julien, fils de sa compagne et actrice fétiche, jeune vidéaste prônant la frontalité, la naïveté et une approche ouvertement poétique du cinéma, s'affrontent. D'abord sur le terrain des idées, puis autour d'une femme, Lili.

La mise en scène de ce conflit générationnel et de ces deux approches du septième art est une démarche intéressante. De même que l'est la réflexion sur le cinéma comme, à la fois cause de tensions, et lieu où elles se résolvent. Car Julien, réalisant son premier long-métrage cinq ans après l'épisode douloureux de la présentation de son court-métrage à sa famille et de la zizanie qui s'ensuivit, exorcise l'épreuve et retisse les liens.

Malheureusement, on a l'impression que tout l'intérêt de "La Petite Lili" (cet embryon de réflexion bien menée sur le cinéma) se noie dans des scènes type «famille je vous hais» qui sonnent étrangement faux chez Miller, pourtant très fin habituellement pour saisir l'indicible malaise de ses personnages ou le climat problématique d'une famille ("Betty Fisher", "L'effrontée").

De même, on ne croit pas un instant au mal-être du personnage de Julien, à ses pulsions de mort. Les sentiments semblent surjoués, trop exacerbés, théâtraux… Tout comme le sont les relations entre les membres de la tribu bourgeoise qui se déchirent dans leur bicoque bretonne…

Reste un sens indéniable, chez Miller, de la poésie parfois étrange qui surgit du quotidien. Toutefois, cela n'empêche pas le film d'être inégal, et de se perdre parfois dans des longueurs qui nuisent à l'ensemble. 

Auteur :Benjamin Thomas
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