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La Petite Lili : Se sentir exister

 "La Petite Lili", dernière réalisation en date de Claude Miller, oppose d'une part les couples et les générations et d'autre part des conceptions différentes du cinéma.

Il s'agit ici d'une adaptation libre de La Mouette de Tchekhov puisque, contrairement à l'œuvre initiale, "La Petite Lili" ne se termine pas sur un événement tragique mais sur une note positive : le temps a passé depuis ce fameux été à l'Espérance et ce temps a permis aux personnages de se réaliser ou de réaliser le sens qu'avait leur vie.

L'histoire de "La Petite Lili", en soi, n'a rien de franchement novateur ou excitant, mais le film vaut la peine d'être vu pour la conjugaison de talents dont l'alchimie opère à plein, c'est incontestable.

Ludivine Sagnier apporte la fraîcheur et la sensibilité nécessaires pour incarner Lili, petite arriviste tout à tour attendrissante et tête à claques, prête à tout pour devenir une star en vue, centre de toutes les attentions.

De bout en bout, elle louvoie à merveille : un mélange de sensualité et de caprices pour un personnage qui représente l'opportunisme, le souci de l'apparence dans toute sa splendeur au détriment de l'être profond.

Robinson Stévenin lui oppose sa fougue dans le rôle de Julien, personnage excessif, entier, exubérant, passionné et fiévreux dans ses idées comme dans ses réactions. Il ne peut qu'être lui-même à l'état brut.

Nicole Garcia a un vrai don pour donner dans le cynisme et le mépris: le rôle de Mado, qui prend un plaisir jouissif à rabaisser les autres, lui va comme un gant.

A ses côtés, Bernard Giraudeau use de son charme naturel pour incarner Brice, l'amant du moment, qui aimerait pouvoir vivre intensément.

Jean-Pierre Marielle, joue à la perfection Simon, le désabusé de service à l'humour pince-sans-rire. Quant à Julie Depardieu incarne de manière exquise une Jeanne-Marie effacée qui tend à se contenter d'une vie moyenne.

Si la première partie du film nous émeut, nous hérisse, nous bouleverse, nous horripile, éveille en nous des sentiments aussi forts qu'extrêmes, le dernier quart en revanche nous laisse une impression plus mitigée.

Néanmoins, "La Petite Lili" reste une chronique juste et sans concession sur le milieu du cinéma. Ce film meus des sentiments aussi forts qu'extrêmes. "La petite Lili" met en relief le cinéma comme compensation des frustrations, comme moyen de se faire aimer et parfois d'exister... Ou du moins de se sentir exister.

Auteure :Nathalie Debavelaere
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