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La Porte des Secrets : Inutile

De Iain Sofltley, éclectique réalisateur britannique, auteur entre autres d'une bio des débuts des Beatles et d'une énième adaptation d'Henry James, on n'attendait pas grand-chose. Alors c'est agréablement surpris qu'on entame avec lui dans "La Porte des Secrets" (distribué par UIP) cette immersion dans les ténébreux marais de Louisiane où les complaintes blues donnent le ton, chaque arbre recèle un sinistre secret et blancs et noirs de toutes générations semblent partager un pesant passé commun. Ce n'est pas que le Sud des Etats-Unis nous soit complément inconnu mais on est là sur un territoire a priori moins balisé qu'un campus nord-américain. A priori seulement car c'est en réalité dans la veine du film d'ado que se situe "La Porte des Secrets". Les bayous et les rites hoodoos qui s'y pratiquent ne constituent qu'un décor sur lequel le scénariste de "Scream 3", Ehren Kruger, a plaqué la bien plate histoire de Caroline, jeune femme devenue dame de compagnie pour mourants après la disparition de son père malade dont elle ne s'était guère souciée, trop occupée qu'elle était avec son groupe de rock.

L'arrivée de Caroline chez un inquiétant couple (dame louche, mari mutique) n'est qu'un prétexte pour aligner le plus sérieusement du monde des effets cent fois vus ailleurs : bande-son tonitruante à chaque porte qui s'entrouvre, frayeur à la vue d'une vieille aveugle (inoffensive) ou d'un grand black (mais ce n'était que le pompiste !), revirement des supposés gentils / méchants, etc. A mille lieux de l'ambiance subtilement angoissante de "Ring" auquel l'affiche éhontée fait une référence mensongère. "La Porte des Secrets" dans sa version française est, en plus, desservi par des dialogues très moyens (mauvaise traduction ou médiocrité originelle ?) et un doublage aux limites du pathétique. Comble de l'inélégance, Gena Rowlands est balancée cul par dessus tête du haut du second étage, dévale lourdement les marches du premier avant de finir brisée mais plus déterminée que jamais à en finir (avec sa garde-malade ? avec le film ?).

"La Porte des Secrets" est donc un film pour rien. Les amateurs de jeunes blondes fuyant, haletantes, leur assaillant ont Scream à se mettre sous les yeux. Quant à l'atrocité des lynchages, elle a été chantée par Billie Holiday dans le poignant Strange Fruit. L'horreur artificielle des films pour ado n'est pas compatible avec celle bien réelle de la ségrégation raciale, "La Porte des Secrets" en est la preuve définitive. En voulant mêler les deux, Iain Softley et Ehren Kruger nous donnent certes une sommaire leçon d'histoire mais frôlent surtout la faute de goût. Et la vengeance décrochée à l'arraché par les victimes d'hier ne change rien à l'affaire.

Auteur :Jean-François Paré
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