30 novembre 2020
Critiques

La Prochaine fois je viserai le coeur : Bon polar !

Après "Présumé Coupable", le Nord-Pas-de-Calais est le décor d'une histoire macabre mais vraie. Dans "La prochaine fois je viserai le coeur" (distribué par Mars Films), Franck, un policier modèle, tue et enquête sur ces propres meurtres. Retour en image sur le tueur fou de l'Oise. Le cinéaste Cédric Anger revient sur cette affaire traumatisante pour la famille des victimes mais aussi pour les Français. Comment un homme de valeur peut tuer ? Le jeu de Guillaume Canet exprime bien la démence à laquelle le meurtrier est en proie. Le jour, il est celui qui fait respecter la loi. La nuit, il la désobéit. « Il préparait sa guerre » déclare le cinéaste. L'acteur français ne cherche pas à imiter mais se glisse dans la personnalité de ce meurtrier. Nous avons le regard du tueur. Mais Cédric Anger prend aussi du recul en adoptant le point de vue de la gendarmerie et Sophie (Ana Girardot), la femme qui n'aurait jamais tuer car il aimait. Célibataire, il écrivait des lettres au service de police pour expliquer son geste. Ces moments sont des confidences. Il rend « légitime » ces meurtres car c'est une pulsion. Une pulsion qui cache un mal-être, un manque ou un besoin d'exister suite à des refus aux concours des Forces Spéciales et GIGN. Ce n'est qu'une interprétation parmi tant d'autres.

"La prochaine fois je viserai le coeur", phrase authentique écrite par le tueur, est un long-métrage cru, dérangeant mais intéressant. Il montre avec justesse l'impuissance d'un homme et des envies de meurtres qui l'amènent à l'irréparable. C'est toute la puissance du jeu de Canet. Il arrive à jouer deux rôles opposés, celui d'un homme posé et d'un autre fou de rage. Cédric Anger ose les scènes chocs, en témoigne celle de la mutilation. Est-ce nécessaire de la montrer ? Dans ce cas présent, il est primordial de ne rien cacher. Le public peut ainsi comprendre sa détresse mais aussi son plaisir à se malmener. « Dans cette histoire, c'est le personnage qui m'intéressait, son comportement, ses errances, ses déplacements » dit le réalisateur.

L'ambiance est pesante, lourde et inquiétante. La musique de George Hetzel est lourde et dure. Aussi, ce drame a été tourné dans le Nord grâce à Pictanovo et au soutien de la région Nord-Pas-de-Calais. Notre région est bien exploitée et les plaines brumeuses servent de décors pour les scènes de tuerie. Le ciel grisonnant participe à ce polar noir. Reconstitué une affaire aussi douloureuse et poignante à partir d'archives, procès verbaux, témoignages, documentaire n'est pas chose facile. Le casting, le scénario et les plans sont travaillés et coupés pour un résultat précis.

Tiré du livre Un assassin au-dessus de tout soupçon d'Yvan Stefanovitch, "La prochaine fois je viserai le coeur" est une œuvre fine qui vise l'essentiel ; le cœur du spectateur et montre que le cinéma français sait encore faire de bon polar.

Auteur :Joris Naessens
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