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La Recrue : La critique du film

Empruntant tout à la fois aux genres action, espionnage, policier et psychologique, "La Recrue" est un film au charme duquel il est quasi-impossible d'échapper.

Le pouvoir de fascination de "La Recrue" tient avant tout au face-à-face entre Al Pacino (Walter Burke) et Colin Farrell (James Clayton) qui prennent un malin plaisir à brouiller les pistes en jouant sur le lien implicite qui les unit : alternant une sorte d'affection filiale avec une confrontation venimeuse, l'insolence de leurs rapports électrise le film de bout en bout.

Dans cette opposition masculine, Bridget Moynahan vient apporter une touche de féline sensualité en incarnant Layla, recrue potentielle au caractère bien trempé, élément féminin qui ne va pas simplifier la tâche de James. L'adage ne dit-il pas qu'il vaut mieux ne pas mélanger amour et vie professionnelle ?

S'appuyant sur un scénario remarquablement bien écrit et sur une intrigue qui abonde en situations troubles et équivoques judicieusement amenées, Roger Donaldson signe avec "La Recrue" un thriller d'autant plus bluffant que l'identification au personnage de James est quasi-immédiate.

Des mouvements de caméra qui intensifient la nervosité de James, qui font rôder la peur, qui accentuent le doute ; une atmosphère nocturne pétrie d'une lumière bleue propice au danger et à l'inquiétude; une bande-son qui achève de nous embarquer dans cet antre de la simulation et de la dissimulation… On est tout de suite pris au piège : "La Recrue" nous happe pour nous balader d'incertitude en incertitude.

Dans le monde de ces agents secrets, monde qui, comme l'a écrit R. Rolland, se nourrit d'un peu de vérité et de beaucoup de mensonge, tous montrent une volonté exacerbée de tout risquer pour parvenir à leurs fins.

Accords tacites, duplicité, abus de confiance, simulation et dissimulation semblent être de rigueur dans ce jeu de rôles où chacun déguise la vérité, se l'approprie pour la faire sienne.

Qui plus est, la manipulation dans "La Recrue" se situe à 2 niveaux :

- Les personnages cherchent à établir des liens affectifs entre eux afin d'endormir la méfiance de l'autre, comme si trahir la confiance de ceux qu'ils aiment ou prétendent aimer ne leur posait pas de problème de conscience.

- En jouant subtilement avec les rebondissements, en semant le doute quand on attend des certitudes, en ébranlant plus d'une foi nos certitudes et en renonçant à une fin conventionnelle, Roger Donaldson nous plonge dans le noir : Qui tient avec qui ? Est-ce un test d'entraînement ou la réalité ? Où est la vérité dans ce marasme de personnages joués ? 

Le suspense est de mise et on ne peut qu'être scotché, à fond dedans. Comme Roger Donaldson ne nous donne que ce que James sait et ce qu'il cherche à nous faire croire à travers chacun de ses personnages, forcément on avance à tâtons vers la vérité, en nous cognant à chaque scène dans le mur des apparences.

Seule certitude, comme victimes d'une manipulation sans scrupule, nous sommes les recrues idéales ! 

Auteure :Nathalie Debavelaere
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