Critiques

La Ruse : L’art de la désinformation

Par Alexia Graziani

Avec "La Ruse", les salles obscures nous proposent de replonger dans les coulisses de la Seconde Guerre mondiale. Pour se faire, le réalisateur John Madden s’est approprié l’une des plus grandes opérations de contre-espionnage de l’histoire. Malgré cette histoire sensationnelle, le réalisateur échoue à nous émerveiller.

En 1943, alors que les Alliés espèrent déployer leurs troupes dans l’Europe occupée via la Sicile, il est d’intérêt de convaincre Hitler de ne pas y laisser la majorité de ses unités sinon le massacre est assuré.  


Une histoire rocambolesque
C’est ainsi que Ewen Montagu (Colin Firth) et Charles Cholmondeley (Matthew MacFadyen) se mettent en tête, malgré les réticences du renseignement britannique, de mettre en place l’opération de contre-espionnage la plus improbable et la plus ingénieuse, l’opération Mincemeat. L’objectif ? Que les nazis interceptent de faux documents attestant que les Alliés ont pour cible d’attaque la Sardaigne et la Grèce. Par quels moyens ? En accaparant un cadavre et en lui inventant une vie d’agent secret.

Un des points positifs du film est le fait qu’il joue avant tout avec sa dimension historique invraisemblable. "La Ruse" reprend de manière assez dynamique toute la logistique complexe mise en place par les membres du service de renseignement de la marine britannique afin de créer de toutes pièces une vie cohérente, sans accro à ce leurre unique en son genre.

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Colin Firth - Copyright Warner Bros. France
Mais à part cette histoire rocambolesque, "La Ruse" ne propose pas grand-chose et n’arrive pas à totalement nous transcender. Certes, il y a le parti pris de mélanger plusieurs intrigues mais qui finissent soit sous-exploitées ou trop exploitées alors qu’elles n’apportent rien au film.


Des coquilles vides
On se retrouve donc avec une relation fraternelle, sur fond de trahison communiste et de mensonge, qui est à peine effleurée, ce qui est franchement dommage. La deuxième intrigue n’a guère plus de succès puisqu’il s’agit d’un triangle amoureux des plus ennuyeux que l’on ait pu voir. Alors qu’ils ne sont pas étrangers aux comédies romantiques (on se souvient de Colin Firth en Marc Darcy dans Bridget Jones et Matthew MacFadyen en M.Darcy dans Orgueil et Préjugés), ils ont l’air d’avoir perdu de leur romantisme et de leur passion sous la direction de John Madden.

Le traitement fait aux personnages est aussi à questionner. Alors que "La Ruse" met en scène la minutie avec laquelle on crée une identité d’agent secret, les personnages sont des sortes de coquilles vides. On a certes quelques informations sur eux, mais pas assez pour qu’on s’attache d’une quelconque manière à eux. Malgré ces points négatifs, "La Ruse" reste tout de même un film à voir ne serait-ce que pour cette histoire passionnante.

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