13 décembre 2019
Critiques

La Vénus à la fourrure : À croire que le monde du cinéma à quelque chose de pervers

Le nouveau Polanski est arrivé. Le réalisateur revient avec "La Vénus à la fourrure", une adaptation d'une pièce de théâtre de David Ives, elle-même inspirée par le roman de Sacher-Masoch, le fondateur du sadomasochisme.

Si "Carnage" ne vous a pas laissé de bons souvenirs, vous verrez peut-être "La Vénus à la fourrure" d'un mauvais œil. Cette nouvelle approche théâtrale à huit clos du cinéaste se déroule donc dans un théâtre, le temps d'une audition entre une actrice et un metteur en scène. Du théâtre filmé ? Eh bien non. Roman Polanski semble avoir appris de l'échec de son film précédent. Ici, le spectateur assiste à un jeu de miroirs d'une grande complexité, mais aussi à des jeux de pouvoir qui lient le tandem Seigner-Amalric. S'ils ne sont que deux comédiens sur scène, les personnages eux sont multiples amenant vers une mise à nu progressive (et réelle pour la belle Emmanuelle Seigner).

"La Vénus à la fourrure" offre à la sœur de Mathilde sa plus belle partition, ses plus beaux rôles. Si les deux acteurs ont déjà évolué ensemble sur "Le Scaphandre et le Papillon" (2007), Mathieu Amalric et Emmanuelle Seigner ont, cette fois, plusieurs rôles en un seul. L'épouse du réalisateur passe par une succession d'états contradictoires. Jouant sur les situations ambivalentes… ou ambiguës. Vanda la rigolarde devient vanda la sensuelle en un instant, presque magique, pour ensuite passer d'un rôle à l'autre comme un transformiste change de costume. Ainsi l'actrice de "Dans la Maison" illumine à mesure que les enjeux de pouvoir évoluent au rythme de ses personnages.

Face à elle, Mathieu Amalric campe un metteur en scène vampirisé, incapable de repousser ce trouble qui s'empare de lui jusqu'à le pousser vers la folie intérieure. Un rôle qui, là encore, semble fait sur mesure pour l'acteur. Celui qui est aussi réalisateur apparait presque dans la peau de Roman Polanski, car, au-delà des mimiques physiques, son personnage concentre tous les thèmes de préférence du réalisateur : huis clos, manipulation, jeux de soumission-domination, travestissement, humour, burlesque, érotisme. Le réalisateur de "Cul-de-sac" (1966) présente son film comme une « satire du sexisme », voire « féministe » dans lequel il s'amuse à manipuler ses personnages dans des rapports de domination et soumission.

Ce film est donc bel et bien signé Polanski. Une signature que l'on retrouve aussi dans la mise en scène. Rien que l'idée subtile des mîmes sonorisés est un exemple représentatif du soin apporté par le cinéaste pour mettre sa mise en scène au service de ceux qui en sont au centre. Ainsi, le récit passe au-delà de tout artifice inutile pour mieux mettre en évidence l'issue à la fois tragique et bouffonne de la pièce de Sacher-Masoch.

Si l'ensemble fonctionne bien, la montée dramatique sensée apporter toute la tension de ce long métrage est-elle moins évidente qu'espérée. Surtout quand il s'agit d'évoquer les thèmes cités plus haut. Pourtant, si ce film ne va pas vous laisser insensible, c'est donc plus par sa forme que par son fond. Le fond permet ici de voir deux acteurs explorer leurs personnages, donner l'un des plus beaux exemples de ce qu'est le métier d'acteur avec ce jeu de miroir puis de pouvoir entre une actrice et son metteur en scène.

Auteur :François Bour
Tous nos contenus sur "La Vénus à la fourrure" Toutes les critiques de "François Bour"

ça peut vous interesser

J’accuse de Roman Polanski : La critique

Rédaction

Le Mans 66 : Des voitures et des hommes

Rédaction

Les Aventuriers des Salles Obscures : 16 Novembre 2019

Rédaction