18 septembre 2019
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La Vérité si je mens ! 3 : Artistiquement inutile et commercialement gerbante !

1997, date de sortie du premier "La Vérité si je mens !", une comédie apparemment anodine qui va connaitre un réel succès public. A la base de cette belle histoire qui commence alors, deux scénaristes (Gérard Bitton et Michel Munz) et le réalisateur Thomas Gilou. "La Vérité si je mens !" fait alors découvrir au public un groupe de potes au début d'une belle aventure, avec en fil rouge une caricature de la communauté séfarade et de ses coutumes.

Richard Anconina, José Garcia, Gilbert Melki, Bruno Solo et Vincent Elbaz sont les véritables héros de cette comédie populaire, qui rassemble au-delà de la simple communauté juive. Les jeunes s'y reconnaissent, les parents ne cessent d'en rire. Un succès populaire qui porte le nombre d'entrées à près de 5 millions. Pourtant cette comédie joue son va-tout sur la caricature grotesque et, qui derrière le rire, est d'une stupidité affligeante. Le public ne sait peut-être pas qu'avant le succès populaire de cette saga, des acteurs comme Dupontel, Bacri, Attal et Farrugia (!) ont refusé des rôles principaux.

Cela n'empêche pas la tenue d'une suite en 2001. Sous une musique de DJ Abdel, ce deuxième opus s'enfonce un peu plus dans sa satire du commerce et de la grande distribution surtout. Si le succès public est encore plus au rendez-vous, cette suite est loin d'être une réussite critique. Il faut attendre 2012 et de nombreuses hésitations concernant les tentatives de scénarii, pour voir naître un troisième opus. Le budget est désormais de 25 millions, les personnages ont évolué, la mentalité reste en revanche toujours aussi déplorable. 

La production et la distribution de ce troisième opus semblent avoir compris les enjeux commerciaux de cette suite. Un risque quand on voit que "Les Bronzés" ou "Astérix" ont échoué lors de ce fameux troisième épisode, malgré des budgets toujours aussi conséquents. Mars Distribution a ainsi pris le risque. Coût de l'affaire : un chèque de 11 millions pour continuer la love-story avec le public et tenter de battre les 8 millions de spectateurs du second opus. Mais, depuis de nombreuses années, "La Vérité si je mens !" n'a cessé d'essuyer des critiques très sévères. Et il est fort probable que cette même critique ait contribué à une baisse de motivation chez certains spectateurs qui n'ont finalement pas été en salles voir le film. Un pouvoir pour la presse, qui est plus à interpréter comme une liberté d'expression, puisque, après tout, critiquer un film est bien le job d'un journaliste cinéma.

Mais pour ce troisième épisode, pas de risques. Le journaliste, s'il veut voir "La Vérité si je mens ! 3" doit montrer patte blanche et signer une critique positive. Mais où va-t-on ? Où passe donc la liberté d'expression si chère au journalisme ? Que sont devenus les points de vue d'un journaliste expert en matière de cinéma ? Pourquoi avoir si peur d'affronter la réalité ? Il y aura peu ou pas de projections presse pour les journalistes. Restent quelques avant-premières, principalement destinées au public et fans de la saga. Avec en cadeau, la présence de l'équipe du film pour motiver les foules. Une grosse tournée dans quelques villes françaises et une certitude de remplir les caisses (environ 5 000 € à chaque avant-première). Le coup fonctionne donc en apparence, mais il est certain que la sortie du film sera entachée par l'absence de critiques négatives, puisque interdites suite à ce scandale des projections presse arrangées ! 

Que vaut alors ce troisième opus si secrètement gardé par le distributeur, et seulement visible à ceux qui en dirait du bien ? Ce film cacherait-il quelque chose d'encore plus gênant ? Il faut bien croire que oui. D'une durée approchant les deux heures, "La Vérité si je mens ! 3" s'éternise au possible sur une histoire sans queue ni tête. Nos héros migrent ainsi du Sentier vers Aubervilliers où les Chinois envahisseurs sont suspectés de vouloir racheter tout le fond de commerce des bons et honnêtes commerçants. Un point de vue renforcé lorsque Yvan, Eddie et Dov se font livrer des montres issues de la contrefaçon et voient débarquer condés et ennuis judiciaires. Pointés du doigt : les Chinois. Oui mais voilà, la situation économique actuelle oblige à devoir traiter avec les Chinois, ces rois du bon plan commercial pas cher. Pour régler leurs problèmes, les cinq se réunissent malgré leurs tracas persos, et direction Shanghai (l'occasion d'un mini "Very Bad Trip") pour commercer avec un fabricant de chaussures local et ainsi sauver la peau de leur commerce. Et accessoirement, pour se faire aussi un peu de blé sur vos têtes, vous, acheteurs crétins qui continuent d'investir dans des marchandises provenant de l'Asie, là où des milliers d'employés sont exploités au possible, pour une misère. Mais ça, le film ne le critique même pas, il s'en vante, surfe dessus. Mais cela fait rire. De ce principe, nous pouvons donc tout nous permettre, y compris faire passer une idéologie déplorable. Les héros de ce film contournent les lois, le méchant fisc, les régulateurs, et jouent la carte de la corruption légale puisque, après tout, c'est une coutume.

Outre cette idéologie à un euro (ce qui ont vu le film comprendront), l'évolution des personnages n'est guère plus intéressante. Ils se complaisent dans une tonne de clichés déjà vus et revus par le passé, y compris par cette saga. Apologie de l'argent facile, de la bonne corruption, machisme toute voile dehors, bling-bling à gogos et humour défaillant gratifient cette comédie événement. Car hormis quelques sourires communicatifs, "La Vérité si je mens ! 3" ne prête pas au fou rire, ni même le jaune ou le nerveux.

On s'ennuie ferme, on attend patiemment la fin en priant également pour un éclair d'intelligence dans ce scénario sans saveur et cette mise en scène conventionnelle. Parce que Thomas Gilou n'a rien insufflé ici, et on le comprend bien avec le générique d'ouverture, qui parodie le Bollywood comme "Rabbi Jacob" (allez chercher les rapports), le tout dans des couleurs vives et rétros et une animation visuellement dégueulasse. Les acteurs y prennent un certain plaisir, et cela se ressent, mais on finit quand même par croire qu'ils étaient très bien chacun de leurs côtés. Toutefois, la promesse d'un bon chèque à la sortie et l'occasion de rejouer ensemble pour donner du plaisir au public ont dû convaincre et faire la différence. Conséquence, si à l'intérieur ça se fait plaisir avec une comédie dégoulinante de bling-bling (qui dit bling-bling dit aussi Enrico Macias qui traîne dans les parages), l'extérieur se voit offrir un film soporifique.

Une suite, qui au lieu d'être politiquement incorrecte, est devenu artistique inutile et commercialement gerbante. La vérité, si je mens ! 
Auteur :Christopher Ramoné
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