6 décembre 2019
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La Vie aquatique : Cousteau est mort ! Vive Cousteau !  

Petite devinette : dans "La Vie Aquatique" j'ai un bonnet rouge, je parcours les mers en compagnie de scientifiques du monde entier et je visite les fonds marins à la recherche des créatures les plus étranges. Mon nom est…

En fait, la réponse est double. Vous aurez tous reconnus le Commandant Cousteau mais connaissez-vous Steve Zissou ? Steve, c'est l'anti-Cousteau. A part le bonnet et le bateau, le Belafonte (et non la Calypso) Steve et Jacques Yves, c'est le jour et la nuit.

Car, le héros de "La Vie Aquatique" boit, ne connaît rien à la faune et la flore sous-marine et surtout ne rêve que d'une chose : descendre le requin qui a mangé son ami. L'intérêt scientifique de cette expédition ? La vengeance ! Avant de partir au large, son fils refait surface, ce fils qu'il n'a jamais vu. Dans un (rare) élan de générosité, il l'invite à rejoindre l'expédition.

Disons le tout de suite : Steve Zissou, c'est Bill Murray. Et du grand Bill Murray. L'acteur use de toute sa palette de sentiments pour incarner un chef d'expédition bourru, rustre, grossier mais aussi sensible quand il s'agit d'évoquer les difficultés de son couple et sa toute nouvelle relation père-fils.

Pour compléter la galerie d'acteurs, Anjelica Houston ("La Famille Adams") incarne la femme de Steve, Cate Blanchett ("Aviator") une journaliste qui suit l'équipe Zissou, Jeff Goldblum ("La Mouche") un méchant scientifique concurrent et Willem Dafoe ("La Dernière tentation du Christ"), un plongeur allemand plein de tendresse.

Forcément avec une telle brochette d'acteurs, il serait difficile de soutenir que "La Vie Aquatique" est un film raté. D'autant que Wes Anderson, déjà réalisateur de "La Famille Tenenbaum", emprunte son terrain de prédilection, la comédie. Mais, Wes Anderson joue sur deux tableaux –la comédie loufoque et dramatique- et c'est là toute la force du film.

Le sujet des expéditions sous-marines et l'atmosphère que crée Wes Anderson grâce aux couleurs clinquantes et au bestiaire totalement farfelu (méduses lumineuses, raies fluorescentes et surtout la star, le requin-léopard) soutiennent et décuplent le délire cinématographique.

A mi-chemin entre le dessin animé tendance « Yellow submarine » et la BD, toute l'équipe s'amuse autour de leur chef et profite de ce voyage aux accents initiatiques. A ce titre, la reconstitution des ponts inférieurs du Belafonte est une pure merveille, copiant les scènes d'un théâtre et l'esthétique du vaudeville où les personnages traversent les pièces une par une.

Mais ceux qui n'aiment pas vraiment la comédie loufoque et qui ont peur de l'absurde peuvent se rassurer. Car Wes Anderson double son film, "La Vie Aquatique", d'une trame dramatique qui atteindra bien sûr son apogée dans les derniers instants, au moment où l'expédition atteindra son but. La force de Wes Anderson est de passer d'une comédie à un film dramatique tout en conservant la force des sentiments.

Réussir à émouvoir alors que quelques secondes auparavant le personnage de Steve faisait rire, voici la prouesse de "La Vie Aquatique". On retient alors la scène où l'équipe entassée dans son sous-marin découvre la créature qui a avalé le meilleur ami de Steve : sur un des morceaux qui a fait le succès du groupe islandais Sigùr ros, plein de lyrisme et de délicatesse, la séquence touche le spectateur encore ébranlé par les fous rires.

Mais parce que rares sont les films parfaits, on regrettera tout de même le recours dans "La Vie Aquatique" à quelques ficelles usées : le thème du père bourru mais aimant, le gros dur au grand cœur. Reste que la maîtrise de Wes Anderson permet d'éviter tous les écueils que le Belafonte aurait pu heurter.

Le navire parcourt les eaux de la Mer Comique tout en empruntant les courants du drame pour composer un savant mélange au goût plaisant et réfléchi. La seule petite marée noire du film relève de la réalisation. Les eaux de Wes Anderson sont calmes, parfois trop calmes.

Comprenez que l'abondance de plans fixes amène une froideur dans la réalisation, une distance qui empêche les grains de folie. On aurait aimé que le Belafonte affronte quelques tempêtes, s'aventure un peu plus dans les eaux non protégées, là même où le spectateur s'emballe.

Véritable objet non identifié, "La Vie Aquatique" est une franche réussite et pas seulement sur le plan de la comédie. Car, c'est là toute la force du film de Wes Anderson.

Bien que trop académique dans sa réalisation (à certains endroits, j'insiste), "La Vie Aquatique" ouvre des dizaines de portes sans que le spectateur ne soit déboussolé. C'est le propre des grandes comédies. Divertir mais aussi faire réfléchir.

Que les Français en prennent de la graine ! Divertissant ne veut pas dire abêtissant !

Et merci, M. Bill Murray.

Auteur :Matthieu Deprieck
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