28 février 2020
Critiques

La Vie scolaire : Redoublement obligatoire

Critique du film La Vie scolaire

par Victor Van De Kadsye


La rentrée scolaire arrive. L'occasion de retrouver ses amis, les profs, les casiers, les sacs à dos Eastpack. Peut-être qu'une séance de cinéma s'impose avant de replonger dans les cahiers, et peut-être réviser le Bac ou le Brevet comme les collégiens de ce film, mais aussi de découvrir le nouveau film de Grand Corps Malade et Mehdi Idir qui ressemble davantage à une heure de colle qu'à une pause-récrée.

Il y a deux ans, on avait tous porté aux nues la force dramatique et émotionnelle qu'avait "Patients", précédent film du duo. Par la puissance du cinéma populaire, il permettait de faire découvrir à un grand public un environnement qu'il n'avait pas l'habitude de voir à l'écran, celui d'un centre de rééducation, pour raconter une histoire personnelle avec un humour mordant et une galerie de personnages hauts-en-couleurs suffisamment marquants pour que chacun crève l'écran. Succès au box-office, pas loin du million d'entrées, il était temps pour l'équipe de passer à la vitesse supérieure et de proposer autre chose. Seulement voilà, reprendre les codes d'un succès n'est pas la meilleure des solutions...

C'est très simple : "La Vie Scolaire" est un copié-collé aberrant de "Patients". Passant d'un microcosme à un autre, de la ré-éducation à l'éducation scolaire (un collège en ZEP), ce second film devient un patchwork de sketchs, se succédant les uns après les autres sans aucune âme, qui n'a pas réellement conscience du milieu qu'il filme. Tout est filmé sans réelle gravité, le harcèlement des professeurs par les élèves est traité uniquement avec humour. Par exemple, un professeur d'histoire joué par Antoine Reinartz, provoque les rires de ses collègues (et de la salle de ciné...) lorsqu'il rapporte ses insultes avant de sous-entendre qu'il va faire un burn-out. Pire, il passera aussitôt pour l'antagoniste du film car souhaitant renvoyer le « héros » du film l'ayant insulté et humilié à plusieurs reprises. De plus, "La Vie Scolaire" devient si démagogique qu'il transforme les problèmes scolaires en des moments de joie. La comédie du film provient des multiples insultes que les élèves se lancent mutuellement, ou alors envers les professeurs. Impossible de ne pas soupirer en voyant des problèmes comme le harcèlement scolaire non traités à l'écran pour cause d'un idéalisme assez niais.

Voulant recréer les mêmes effets qu'avait "Patients", la réalisation va carrément jusqu'à passer dans le clip via une séquence de fête en montage parallèle comme un faux plan-séquence à la Edgar Wright. Dans l'écriture, du pathos, en veux-tu, en voilà ! Une chose est sûre, on pourrait mettre un zéro pointé à la dramaturgie du film. Comblant ses 1h50 (!) par des sous-intrigues traitées avec catastrophe, on passe dans tous les registres pour faire du tire-larmes avec trahisons et mort malgré des performances bienvenues de Zita Hanrot, Soufiane Guerrab et Alban Ivanov, entre autres. Sauf que ça ne prend pas cette fois-ci.

Naïf, "La Vie Scolaire" donne l'amère impression que ses auteurs n'ont pas eu autant confiance au sujet de l'école qu'à celui de "Patients", plus intime et personnel. Une déception qui mérite très certainement le redoublement...

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