Critiques

La Voie de la Justice : La critique du film

Par Alexa Bouhelier Ruelle

"La Voie de la Justice" est basé sur des faits réels datant d'une vingtaine d'années et qui résonnent encore dans notre société ; cette dernière étant entourée d’un nuage de pessimisme ambiant, il est utile, et même vital de raconter des histoire telle que celle-ci, pour nous donner un peu d’espoir en l’humanité.

Le message du film est inspirant et, en effet, l’inspiration fait bel et bien partie de l’équation de ce film. Cependant, il y a de même une certaine galvanisation, comme un appel pour passer à l’action ou alors juste pour ouvrir les yeux et affronter les inégalités dépeintes dans "La Voie de la Justice" qui a été présenté pour la première fois au dernier Festival International du Film de Toronto. Suite à cette avant-première, les retours furent excellents tant le message est important, les critiques étant même prêts à pardonner les limites artistiques de ce film suivant les règles du genre au pied de la lettre.

Ainsi, Destin Daniel Cretton a basé son film sur le roman de Bryan Stevenson, un avocat activiste qui se bat depuis des années pour rendre leurs libertés à des personnes condamnés injustement. Beaucoup d’entre eux sont des hommes noirs envoyés dans le couloir de la mort après des procès grotesques. Stevenson se concentre sur les inégalités de race et la pauvreté, les deux facteurs principaux dans cette discrimination juridique mise en exergue ici. "La Voie de la Justice" nous présente plus précisément le dossier de Walter Macmillan, un afro-américain jugé pour le meurtre d’une jeune fille de 18 ans dans les années 1980, en Alabama. Un dossier monté de toutes pièces, à partir d’indices et de dépositions tellement abracadabrantes que cette histoire impressionne par son vérisme.

Jamie Foxx y demeure enfermé dans un personnage ayant perdu tout espoir et si affaibli mentalement qu’il pense que son jeune avocat perd clairement son temps en essayant de l’aider. C’est par le biais de gros plans sur le visage du personnage que réside tout le génie de l’acteur qui transmet chacune de ses émotions à travers ses réactions et expressions. C’est aussi ici que réside la transformation de ce même personnage qui retrouve une petite lueur d’espoir à travers son jeune défenseur. C’est en cela que Jamie Foxx fait un retour sur grand écran plus que réussi et bienvenu pour cet acteur qui se faisait un peu rare ces temps-ci.

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Jamie Foxx - Copyright Warner Bros. France

Les deux personnages principaux ont un rapport passionnant à cette histoire que le réalisateur sait utiliser à bon escient, guidant les spectateurs à travers de nombreux long monologues nécessairement requis par le genre. Toutefois, le duo n'en est que convaincant à travers ces exercices difficiles en solo. Plus particulièrement Michael B. Jordan qui endosse impeccablement les habits de justicier et qui s’avère être l’homme de la situation. Un contraste assez fort différencie ces deux hommes, tant l’un est plein d’espoir et ne pense qu’à bien faire tandis que l’autre n’est que rancœur accumulée tant les expériences qu’il a dû traverser sont inimaginables. Quelques scènes sont si poignantes qu’elles vous feront retenir votre respiration sans même vous en rendre compte.

"La Voie de la Justice" n’a pas besoin de moyens révolutionnaire quand Michael B. Jordan apporte une crédibilité à couper le souffle à l’infatigable Bryan Stevenson. Il porte une bonne partie du film sur ses seules et larges épaules. Jordan communique plus lorsqu’il est silencieux que lors de ses monologues sans fin ; monologues que l’acteur exécute à la perfection. De leurs côtés, Brie Larson, Rob Morgan, Tim Blake Nelson et les autres membres du casting apportent un soutien non-négligeable qui donne à ce film une véracité bienvenue.

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Michael B. Jordan - Copyright Warner Bros. France

"La Voie de la Justice" va au-delà du cliché, portant un message important, et fonctionne donc comme une fenêtre ouverte sur la corruption au sein de la justice américaine, une justice qui peut mettre en prison un homme innocent et le condamner à mort pour un crime qu’il n’a pas commis avec des preuves créées de toute pièce. Le réalisateur nous emmène sur un chemin que l’on connait déjà, certes, usant de de procédés classiques, il est vrai, mais débouchant sur un résultat plus que satisfaisant. En effet, le spectateur peut aisément de douter de ce qu’il va se produire, et le réalisateur ne s’en cache pas, mais il échappe en quelques sortes à l’archétype d’une culpabilité libérale blanche au profit du courage d’un homme noir qui fait l’expérience d’un racisme institutionnalisé au quotidien.

Pour conclure, et à l’évidence,  "La Voie de la Justice" n'est en aucune manière révolutionnaire et présente une vision plutôt classique du genre, vision efficace et qui dépeint parfaitement les injustices du système carcéral en vigueur dans de trop nombreux états américains. Il est certain que le réalisateur fera des films plus subtils ultérieurement, et on peut le lui souhaiter, mais peut être qu'aucun n’aura la même portée et ne déclenchera des applaudissements mérités à la fin de la séance.

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