16 septembre 2019
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Ladykillers : Critique n° 2

Peu de temps après l'hilarant Intolérable cruauté, on attendait un « grand » Coen. En fait, Ladykillers, remake d'un film de 1955, est un film « fantastique » à plusieurs sens.

Une vieille dame noire du sud des Etats-Unis vit seule depuis le décès de son mari, Othar, avec seul vrai appui, sa communauté religieuse où elle entend non seulement le Gospel, l'Evangile, mais aussi les sermons du pasteur qui parle de Moïse et de l'épisode du Veau d'or. Or, alors qu'elle médite en invoquant son époux à travers son portrait qui trône dans le salon, Madame Munson (Irma P. Hall) entend la terre trembler, les lumières vaciller, quelqu'un sonne à la porte.

Nous entrons à ce moment dans le fantastique avec la survenue de Goldthwait Higginson Dorr III, PhD (docteur). Ce personnage interprété par Tom Hanks veut louer une chambre et pouvoir faire de la « belle musique » avec ses amis. En fait, on découvre qu'il espère autre chose, qu'il a un plan machiavélique ou plutôt diabolique ; il « attend (wait) l'or (Th(e) Gold) ». Son plan est de faire un casse dans un casino sans laisser de traces. La bande de « pieds nickelés » qu'il engage est au nombre de quatre : Garth Pancake, le Général, Lump et Gawain. Ils s'emparent de la cave (« underground ») où ils font leurs travaux préparatoires musicaux : sacquebute, trombone…en fait c'est la musique du marteau-piqueur et de la dynamite.

Pendant les soirées libres, et pour donner le change, Dorr fait la conversation avec Madame Munson à propos de la Sagesse humaine. Lui a lu et étudié les langues mortes (latin, grec) et cite Edgar Allan Poe alors qu'elle, cite la Bible et fait référence à « Gochen », le lieu de servitude des Hébreux en Egypte. Savoureusement, Dorr offre des billets à Mme Munson pour un concert qui doit se passer à…Memphis, cité dont le nom rappelle l'Egypte et l'esclavage. En fait, il veut l'envoyer dans les oubliettes de l'histoire. Autre anecdote : elle offre à Dorr une flûte qu'elle nomme « Khalil » ; Dorr ne comprend pas le mot mais l'associe au « Chofar » des Hébreux qu'on fait entendre lors de certaines fêtes juives. Elle entend « chauffeur » ou « chauffard » sans comprendre l'origine du terme. Il y a du sous-texte sacré là-dedans.

Le film évoque l'idée du chef d'orchestre. Qui est-ce dans l'histoire, l'Histoire et la réalisation du film ? Ce thème passe par les images de la « Tête Pensante » et de la Main. Qui est le vrai cerveau de l'affaire ? Dorr, l'un des quatre autres membres, Mme Munson, le Mari, Othar qui est la statue de « Dieu le Père » qui voit tout ce qui se passe dans la maison. Il est intéressant de voir que la tête qui pense juste sous le regard du sacré et de ses principes mettra un terme à la tête (pensante) qui pense faux, qui se soumet à la main (gauche).

Notons que le film est aussi très divertissant, moins drôle toutefois que le précédent mais qu'il a plus de profondeur. Voir les Paroles.

Auteur :Michel Deloore
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