16 septembre 2021
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Ladykillers : L’argent de la vieille

C'est toujours avec délectation que l'on se précipite sur la dernière fantaisie des Coen brothers, dépositaires depuis vingt ans d'une œuvre singulière où le portrait acide de la bêtise et de la cruauté humaine s'accompagnent de son nécessaire corollaire, un humour féroce. Certes, comme pour les films récents de Woody Allen, quelques esprits blasés ou grincheux entonnent désormais la rengaine «c'était mieux avant» mais, si probablement les Coen ne feront jamais mieux que "Barton Fink" ou "Fargo", les frangins n'ont pas d'équivalent lorsqu'il s'agit de filmer des ploucs attachants ou repoussants mais toujours hilarants. Et d'abrutis, Ladykillers n'en manquent pas…

Lointain remake de "Tueurs de dames", un classique de l'humour anglais réalisé en 1955 par Alexander Mackendrick, "Ladykillers" se déroule au beau milieu du Mississipi, au bord du fleuve du même nom, dans un trou perdu où l'activité principale des flics autochtones est de récupérer le chat de Mrs. Munson (formidable Irma P. Hall qui, à la surprise générale, a remporté le Prix du jury lors du dernier festival de Cannes), vieille dame très digne qui fréquente assidûment l'église baptiste du coin, se languit de feu son sévère époux et déteste rien moins que le langage ordurier comme l'atteste sa montée de tension lorsqu'un gamin du coin écoute un peu trop fort du hip hop. 

La vie de la respectable Mrs. Munson serait un long fleuve tranquille si un certain docteur Goldthwait Higginson Dorr III (excellent Tom Hanks qui interprète avec gourmandise le cerveau obséquieux et lettré d'un gang de bras cassés) ne faisait irruption chez elle, sous un prétexte fallacieux, afin de faire de la cave la base arrière d'un tunnel menant au coffre d'un casino.

Pour mener à bien et en douceur son casse, il s'est entouré de la fine fleur des braqueurs du Mississipi : un spécialiste en explosifs atteint d'un syndrome aussi foudroyant que dérangeant, un général asiatique quasi autiste spécialiste en souterrains, un ex-footballeur décérébré employé comme gros bras et un agent dormant plutôt susceptible infiltré dans le sanctuaire du jeu (désopilant Marlon Wayans découvert dans Scary movie). Malgré quelques retards à l'allumage prétexte à quelques séquences proprement réjouissantes, le plan fonctionne à merveille jusqu'à sa découverte par une Mrs. Munson qui ne mégote pas sur les principes et entend bien remettre ces pécheurs sur le droit chemin…

Si, malgré une B.O. enlevée, "Ladykillers" manque parfois de rythme et s'autorise quelques apartés dispensables, la cuvée 2004 des Coen, bon cru parfois pataud, se boit néanmoins sans soif et nous délecte de savoureuses saynètes, parfois corsées en bouche, aux dialogues ciselés (subtil alliage de raffinement et de brutalité qui n'est pas sans rappeler ceux concoctés par Michel Audiard pour "Les Tontons flingueurs") qui font le bonheur d'un Tom Hanks ravi de sortir de ses rôles habituels. Un délectable divertissement. 

Auteur :Patrick Beaumont
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