Critiques

L’affaire Collini : Un film de procès haletant

Par Stanislas Claude


L’assassinat mystérieux d’un industriel respecté, Hans Meyer, est le point de départ d’un film fascinant, "L'affaire Collini". Car le suspect, Fabrizio Collini, se terre dans un mutisme forcené. Il n’échange avec personne. Surtout pas son avocat commis d’office, Caspar Leinen. Ce dernier comprend vite que ce qu’il considérait comme une affaire lambda est bien plus que cela. Parce qu'il connaissait le défunt. Mais aussi parce que cette affaire va lui prendre tout son temps et toute son énergie.


Le film est un nouvel examen de conscience pour une Allemagne confrontée à son passé trouble, entre tentative se cacher la poussière sous le tapis et inéluctable vérité. Malgré quelques longueurs et digressions inutiles, le film sait être prenant de bout en bout pour un moment d’histoire tortueux.

Un douloureux passé sous l’ombre du nazisme

Les réalisateurs allemands aiment à mettre le doigt sur la cicatrice non encore totalement refermée du passé nazi. Marco Kreuzpaintner ne fait pas exception à la règle en adaptant l’ouvrage éponyme de Ferdinand von Schirach, sorti en 2014. Avec en toile de fond un scandale a priori digne des tabloïds, l’assassinat inexpliqué d’un industriel octogénaire par un ancien ouvrier sans histoires de Mercedes, l’auteur et le réalisateur ouvrent la boite de Pandore pour revenir sur un vrai scandale judiciaire d’état. La loi Dreher, votée en catimini en 1968, a permis la prescription des crimes de guerre de plusieurs milliers d’anciens nazis en transformant leurs assassinats en meurtres.

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Franco Nero et Elyas M'Barek - Copyright Constantin Film Verleih GmbH

Le changement de vocabulaire peut sembler anodin, mais la durée de prescription n’est pas la même, 20 ans pour les seconds, beaucoup plus pour les premiers. L’histoire du jeune avocat (Elyas M’Barek) si proche du défunt sert de fil rouge à une histoire de culpabilité collective, transformant le film en thriller judiciaire très prenant et diaboliquement efficace.

Un cinéma allemand investi

Les films allemands abondent sur cette période douloureuse, de Elser un héros ordinaire ou Une vie cachée à Fritz Bauer un héros allemand, les thèses sont nombreuses pour montrer ceux qui ne se sont pas résolus à accepter l’inacceptable. Le chancelier Konrad Adenauder a certainement voulu bien faire en voulant tourner la page du nazisme et faire oublier les crimes des anciens dignitaires nazis sous couvert de réconciliation nationale, avec la complaisance des nations occidentales. Mais le constat est là, les victimes et descendants de victimes n’ont pas voulu oublier l’innommable et pardonner les bourreaux.

Un film de procès prenant

Si l’histoire du film et du livre n’est pas tirée de faits réels, le film de procès pour l’essentiel montre les arcanes de l’aveuglement d’état et les tentatives pour ne pas subir la raison d’état au mépris de la vie humaine. Le film insiste sur les procédures judiciaires intangibles et poussiéreuses.

"L'affaire Collini" est somme toute classique, avec flashbacks et coups de théâtre, mais le contexte densifie encore plus son intérêt. L’émotion qui se dégage au final est complètement non feinte, et l’issue du procès pour le novice confronté à un ténor au barreau fait plaisir. Le livre avait suscité de nombreuses réactions en Allemagne, mettant les ainés face à leurs responsabilités. "L'affaire Collini" mélange divertissement judiciaire et grande histoire avec un certain bonheur.


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